La série Far Cry a connu une histoire assez atypique : née du développeur allemand Crytek pour devenir le jeu du plus gros studio interne d’Ubisoft basé à Montréal. Après la surprise générale apportée par Far Cry 3 et son gameplay huilé à la perfection, le studio a très rapidement sorti un standalone complètement déjanté, Blood Dragon. Aujourd’hui, Far Cry 4 est disponible sur PC, Xbox 360, Xbox One, PS3 et PS4, et propose aux joueurs de s’évader dans un nouvel environnement et d’affronter un nouveau méchant charismatique. Ce FPS fait-il honneur à ses prédécesseurs? Échappe-t-il au syndrome Far Cry 3.5?

Fiche technique

  • Date de sortie : 18 novembre 2014
  • Style : Action/Aventure/FPS
  • Classement ESRB / PEGI : M/PEGI 18
  • Développeur : Ubisoft Montréal
  • Éditeur : Ubisoft
  • Langue d’exploitation : Anglais et français
  • Évalué sur PS4 en VOSTFR

Un digne héritier de Far Cry 3

On associe souvent l’Himalaya au bouddhisme tibétain, à la méditation zen et à l’équilibre de l’esprit. Ubisoft est allé bouleverser ces clichés en proposant un voyage fictif dans les montagnes enneigées et les temples de Far Cry 4, mené par un Némésis tout aussi charismatique que fou, Pagan Min. L’éditeur a donc repris la même formule que pour Far Cry 3 et son méchant mémorable Vaas. Plusieurs studios internes (Montréal, Toronto, Kiev, Shanghai, Red Storm) avaient collaboré pour créer ce surprenant jeu de survie en open world sur PS3, Xbox 360 et PC. Cette année, également sur PS4 et Xbox One, on a droit à un nouvel ode à la survie extrême dans un monde ouvert et hostile, le monde merveilleux et fictif de Kyrat. On y incarne cette fois-ci Ajay Ghale, un personnage assez proche de Hunk de Far Cry 3 mais qui possède un lien bien particulier avec les terres de Kyrat.

Far cry 4 pagan min ajay

L’éditeur français, bien que sortant dans la même période un autre gros jeu de l’année (Assassin’s Creed Unity), n’a pas lésiné dans le marketing et la promotion de ce Far Cry 4, nouvel opus d’une série déjà appréciée par de nombreux amateurs de jeux bac à sable. Sony lui a donné une position centrale dans sa conférence de l’E3 cette année ainsi que lors d’événements plus mineurs. C’est d’autant plus surprenant que ce titre arrive alors que l’éditeur souffre de nombreuses critiques récentes sur ses jeux souvent bugués, downgradés et sa politique d’embargos excessive. Ce titre s’en sort plutôt bien et malgré quelques soucis sur PC, il a été plutôt bien accepté par les amateurs de la saga.

Du fun garanti

En Far Cry 4, on retrouve réellement l’essence même d’un jeu vidéo : le plaisir. Ne vous attendez pas à une histoire bouleversante digne d’Hollywood ou à une révolution dans le gameplay, non, tout le jeu se base sur la liberté d’action et les combats, ainsi que sur les missions qui peuvent être abordées de plusieurs façons différentes. Kyrat, en cela, est un réel bac à sable, dans lequel on suit l’aventure principale tout en étant sans cesse distrait par les tonnes d’autres activités. On peut se consacrer à l’augmentation des capacités d’Ajay ou bien tout simplement passer des animaux rares et ramasser des plantes pour confectionner de nouveaux objets et compléter son inventaire. Votre voyage sera sans cesse accompagné d’un humour noir, assez sadique, qui se marie bien avec les situations assez sanglantes ou les trips hallucinogènes rencontrés par Ajay.

Far Cry 4 Kyrat

Une histoire prévisible

Le jeu commence sur une note mélancolique puisqu’on y découvre Ajay Ghale, venu à Kyrat pour déposer les cendres de sa défunte mère qui avait fuit le tyran sociopathe Pagan Min. On apprend rapidement que le dictateur doit faire face à une rébellion civile, le Sentier d’Or, créée 25 ans auparavant par les parents d’Ajay Ghale. Celui-ci, en arrivant sur le territoire de Kyrat, n’a aucune envie de se mêler à ce conflit mais ses origines le rattrapent rapidement. On a l’impression que le combat fait parti de son ADN. Il lui reste à choisir un camp : tyran posé, assuré d’être un Dieu auprès des habitants de Kyrat ou bien meneur d’une rébellion qui n’est pas dépourvue de conflits internes.

En effet, d’un côté, on a les partisans d’Amita, prêts à renverser Pagan et apporter prospérité au territoire de Kyrat quels que soient les moyens utilisés, même si cela implique la destruction des traditions ou une économie basée sur le cartel de la drogue. De l’autre côté, on retrouve les partisans de Sabal, défenseurs des traditions ancestrales de la région qui veulent la paix pour restaurer l’équilibre, la culture et transmettre l’héritage aux futures générations. Plusieurs fois au cours de l’aventure, vous aurez à choisir entre les deux clans, les deux idéologies, ce qui va pimenter un petit peu l’histoire un peu plate de Far Cry 4. Petite anecdote marrante : il existe plusieurs fins possibles dont une secrète qui, à ce jour, n’a toujours pas été trouvée par les joueurs.

Sabal et Amita : deux visions différentes pour Kyrat
Amita et Sabal : deux visions différentes pour Kyrat

Encore un contenu gigantesque

À coté de l’histoire principale, on a accès à de nombreuses missions annexes très diversifiées. Malheureusement, elles ne sont pas toutes aussi passionnantes. Autant on adore libérer des forteresses ou des avant-postes occupés par les larbins de Pagan Min, autant faire le livreur ou le chasseur pour des PNJ sans personnalité est moins excitant. Les cinématiques du jeu souffrent du même défaut et sont assez inégales. Certaines sont passionnantes alors que d’autres manquent cruellement de saveur. En revanche, le tout forme un univers plaisant dans lequel il est très agréable de se balader.

Far Cry 4 shangri-la
Shangri-La : un lieu mystiquement beau

Un des gros points forts du jeu est l’ensemble des missions au Shangri-La, lieu fantasmagorique censé représenter le conflit au sein de Kyrat. On y accède par un rituel mystique mêlant méditation, encens et autre substance naturelle. Les missions au Shangri-La sont sans doute les plus passionnantes du jeu. L’arsenal est limité, on ne dispose que d’une dague, d’un arc muni d’un bullet time et d’un tigre qui répond à nos ordres. Les ennemis sont redoutables car ils nous tuent presque en un coup. Les décors sont splendides et les tons de couleur rouge-orangé sont uniques à ce lieu mystique.

D’autres missions sont aussi bien marquantes, comme celles se déroulant dans les hauteurs de l’Himalaya où les affrontements contre les ennemis sont plus durs que d’habitude du fait du blizzard permanent. On ne pourra avancer dans ce milieu que grâce à des masques à oxygène et on devra faire attention aux mouvements de terrain. Malheureusement, ces zones sont séparées de la carte principale et ainsi inaccessibles en dehors des missions spécifiques. Certains se lasseront sûrement à un moment de faire le même type de missions. Mais, pour les amateurs de jeux bac à sable et de « collectionnite aiguë », vous en aurez pour 50 heures de jeu au minimum.

Mission dans les sommets de l'Himalaya : très immersif
Mission dans les sommets de l’Himalaya : très immersif

Le mode coopération : un vrai plaisir

En dehors des missions de l’histoire principale, vous pouvez tout faire avec un camarade, qu’il possède ou non le jeu. En effet, si vous êtes un joueur PlayStation, vous pourrez offrir à 10 de vos amis PSN une clé de Kyrat qui leur permettra de jouer en coop avec vous pendant 2 heures et ainsi découvrir les joies de Kyrat. Le mode coopération est un réel bonheur, vous pourrez effectuer n’importe quelle mission annexe, qui deviendra tout de suite plus simple avec un collègue. Tout est prévu pour être fait à deux, comme les très nombreux véhicules qui ont chacun deux places ou les forteresses qui ont souvent deux,  voire plus de points d’accès. La coopération nécessite une réelle collaboration entre les deux protagonistes et sera récompensée puisque l’argent et l’XP est partagée entre les deux joueurs. En revanche, le joueur invité ne verra pas les missions remplies de retour dans sa partie.

La coopération est clé dans la réussite de la mission
La coopération est clé dans la réussite de la mission

Un gameplay huilé à la perfection

On retrouve dans cet épisode plusieurs éléments de Far Cry 3 mais revus et améliorés. Le gameplay est  assez identique à celui du troisième opus mais les développeurs ont rajouté une verticalité due à l’environnement montagneux de Kyrat. Vous pourrez en effet atteindre des sommets et vous balancer le long des pentes de l’Himalaya grâce au grappin, nouvel outil indispensable dans cette aventure. Vous retrouverez aussi ces sensations au bord de l’hélicoptère, très agréable à piloter et encore plus jouissif lorsqu’un camarade sera à bord.

On retrouve aussi les animaux, encore plus féroces qu’avant. On découvre les éléphants que l’on peut chevaucher pour renverser tout sur son passage ou que l’on peut énerver en leur tirant une balle de loin pour qu’ils s’énervent et démolissent tout un avant-poste. L’utilisation de la faune carnivore s’avère être un atout dans l’aventure mais il faut aussi faire attention car un face-à-face avec un prédateur sera souvent perdu par l’humain comme c’est le cas dans la vie réelle. Vous vous retrouverez ainsi aussi apeuré de croiser un ratel qu’un tigre géant.

Comme en vrai, la carte est constituée de divers biomes qui contiennent chacun des animaux différents. À de nombreuses reprises, vous irez dans un endroit particulier pour chasser un animal afin de concevoir un objet et durant cette quête, vous vous sentirez comme un réel chasseur d’autant plus qu’un abattage propre à l’arc ou au couteau vous récompensera d’un loot plus avantageux.

Deux arbres de compétences différents mais complémentaires
Deux arbres de compétences différents mais complémentaires

Au cours des missions, vous gagnerez des points d’expérience que vous devrez répartir dans deux arbres de compétences différents : le Tigre et l’Éléphant. Le premier est orienté vers les capacités de combat au corps-à-corps, d’infiltration et de déplacement alors que le deuxième est orienté vers des capacités liées aux armes à feu, aux explosifs, aux pièges et aux seringues. Il est relativement facile de compléter entièrement les deux arbres de compétences au bout de l’histoire.

Le multijoueur compétitif : intéressant mais peu innovant

Far Cry 4 offre aussi un mode multijoueur compétitif à 5 contre 5. Il est relativement intéressant mais moins jouissif que le mode coopération. Capture le drapeau, Match à mort ou Domination : on retrouve des modes très standards pour un FPS grand public. En revanche, on utilisera les mêmes atouts que lors de la campagne (véhicules, pièges, animaux..). Une équipe incarne des soldats armés jusqu’aux dents et l’autre un groupe de chasseurs furtifs munis d’arcs. La coordination entre les membres de l’équipe n’est pas nécessaire mais mène souvent à la victoire.

La personnalisation des joueurs et des armes est bine présente dans ce mode multijoueur avec les mêmes outils que durant la campagne solo. Est aussi présent un mode éditeur de carte avec des outils de création simples et adaptés à la console. Ainsi, bien qu’il ne révolutionne pas le genre, le mode PvP de Far Cry 4 tient tout à fait la route et permet de se défouler entre deux missions solo.

Far cry 4 PvP
Mode PvP : soldats VS chasseurs

Une technique correcte sur consoles… des soucis sur PC

Une des choses que l’on se demande en premier, c’est si Far Cry 4 est plus beau d’un point de vue technique que son prédécesseur. En effet, l’Ile Rook avait étonné les joueurs à l’époque avec son océan quasi infini et la beauté de son sable. Ici, on a un territoire qui se rapproche beaucoup du vrai Népal avec des champs enneigés et des régions sans frontières, sans obstacles et relativement uniformes. Les environnements ne sont malheureusement pas aussi variés que dans Far Cry 3 mais la verticalité et les paysages carte postale sont renversants. On retient aussi les splendides décors de Shangri-La, mentionnés précédemment dans ce test.

Techniquement, le jeu tient la route : peu de clipping malgré l’étendue des paysages et des temps de chargement assez rapides pour un jeu à monde ouvert. Le jeu tourne très bien à 1080p en 30 fps et peu de chutes de framerate apparaissent. Au cours de notre test, nous n’avons vu qu’un seul bug majeur mais s’ils existent, ils ne nuisent en aucun cas l’expérience de jeu. Sur PS4, nous n’avons pas eu de soucis de serveur mais les joueurs PC ont eu plus de mal à jouer en ligne lors du lancement du jeu. J’ai eu des échos de joueurs qui n’ont même pas pu démarrer l’aventure. De nouveau, on retrouve des soucis lors de lancements de jeux en ce mois de novembre. Espérons qu’il s’agit de mauvaises coïncidences et non de fâcheuses habitudes des éditeurs…

Des décors splendides
Des décors splendides

Une bande-son réussie

On est bercé tout au long de l’aventure par une musique envoûtante qui s’emballe lors des combats ou des situations intenses. On peut reconnaitre des instruments très joués dans cette région du monde comme le luth, la sarangi, le sitar. À coté de cela, les personnages sont très bien doublés, on retiendra évidemment la belle performance de Troy Baker qui rend Pagan Min encore plus machiavélique et intriguant. Ses nombreuses interventions à la radio sont un délice d’humour noir. Rien n’est laissé au hasard.

Conclusion

Far Cry 4 n’est pas seulement une amélioration de Far Cry 3, il en devient un jeu unique de par son environnement, son méchant charismatique et tous les ajouts apportés par Ubisoft Montréal. L’histoire est plus captivante que celle du troisième épisode car le protagoniste a une réelle connexion au territoire de Kyrat et les personnages secondaires ont une réelle identité. On a vraiment apprécié le conflit interne au sein de la rébellion qui nous questionne aussi sur nos valeurs. Le gameplay, point fort de la série, est au rendez-vous et l’ajout de la verticalité est un vrai plus. On pourrait réclamer de meilleures innovations, un mode multijoueur plus original ou une histoire moins ambitieuse et plus personnelle. Mais on se satisfait largement de ce Far Cry 4, un voyage réellement captivant, d’autant plus à deux joueurs.

NOTES
Note
9
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Ingénieur Etudes & Développement sur Paris, la science a bercé ma jeunesse tout comme le sport, les jeux vidéo puis le cinéma, la technologie et tout dernièrement les séries TV. Enfant unique, je me laisse facilement emporter dans les mondes de SF, heroic-fantasy que peuvent fournir ces médias.