Après plus de 70 heures de jeu, l’heure est venue de vous livrer mon avis sur l’épisode final d’une saga légendaire : Metal Gear Solid V : The Phantom Pain. Des impressions détaillées ayant déjà été publiées, je ne reviendrai pas en détail sur les points déjà abordés. Je vous invite donc à lire mes impressions après 30 heures de jeu si ce n’est pas déjà fait pour plus de détails.

Fiche technique

  • Date de sortie : 1er Septembre 2015
  • Style : Infiltration, action
  • Classement ESRB / PEGI : M / PEGI 18
  • Développeur : Ex Kojima Productions
  • Éditeur : Konami
  • Langue d’exploitation : Voix anglaises et textes en français 
  • Disponible sur : PlayStation 3, PlayStation 4, Xbox 360, Xbox One, PC
  • Évalué sur : PlayStation 4
  • Prix lors du test : 49 € (Amazon France) / 64,45$ (Amazon Canada)
  • Version commerciale achetée par le testeur

Gameplay : le jeu d’infiltration actuellement le plus complet

En termes de gameplay, Metal Gear Solid V : The Phantom Pain est pour le moins complet. Le passage en monde ouvert est totalement réussi en termes d’infiltration. Les possibilités sont décuplées, et jamais Snake n’aura disposé d’un panel de mouvements si vaste. Vous êtes libres d’utiliser la manière qu’il vous convient pour remplir vos missions, même si atteindre le rang S vous obligera plus ou moins à jouer d’une certaine manière.

Le contenu du jeu est assez gargantuesque et arriver à 100% vous demandera encore des dizaines d’heures de jeu après avoir terminé le scénario. Le revers de la médaille est que certains pourront trouver le titre répétitif. Ce défaut est intrinsèque au genre du monde ouvert, puisqu’il dépendra en grande partie de la manière dont vous allez jouer au jeu. Répéter la même méthode d’infiltration, encore et encore, rendra forcément votre expérience plus répétitive. C’est aux joueurs d’expérimenter, et de varier leur expérience.

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L’un des seuls points faibles du jeu concerne son intelligence artificielle. Celle-ci oscille entre le convaincant et le déconcertant. Néanmoins, arriver à un bon équilibre sur l’IA d’un jeu d’infiltration n’est pas chose aisée. En effet, si les réactions et le comportement des ennemis étaient trop avancés le jeu en deviendrait injouable, et la notion d’amusement disparaîtrait vite.

L’architecture du jeu a été plutôt bien pensée malgré un vrai problème de rythme dans le chapitre 2. Les missions principales sont variées et complètes, tandis que les opérations secondaires sont parfaites pour des sessions de jeu plus courtes. Une fois le second chapitre débuté, on sent un essoufflement du titre. Cette deuxième partie est avant tout à destination des fans qui trouveront bon nombre de réponses aux différentes questions qu’ils ont pu se poser durant le jeu. Les mordus d’infiltration pourront rejouer certaines des missions avec des conditions extrêmes. Malheureusement on ne peut pas s’empêcher de clairement ressentir un certain recyclage, mais j’y reviendrai dans la partie scénario.

Ce défaut ne change rien au fait que, actuellement, The Phantom Pain est le jeu d’infiltration le plus complet jamais sorti , et il y a des chances qu’il le reste pendant quelque temps. Il devient une nouvelle limite à dépasser pour les futurs jeux du genre.

Forward Operations Bases

Pour ma part je n’ai pas joué au mode FOB, car celui-ci ne correspond pas du tout à ma manière d’apprécier le jeu en ligne, et la qualité des serveurs étant encore trop aléatoire, j’ai préféré m’en passer. Je laisse donc la parole à Thomas pour vous éclairer plus sur cette partie.

ThomasAlors que nous sommes toujours en attente du Metal Gear Online 3, prévu pour le 6 octobre prochain sur consoles, The Phantom Pain nous a concocté un système d’infiltration de base ennemie en ligne fort sympathique. Concrètement, suite à une mission principale, le joueur sera amené à construire une base avancée, nommée Forward Operations Bases (FOB), afin de protéger sa Mother Base principale du monde connecté. À partir de cet instant, tout joueur en ligne, dans une limite de temps indiquée, est dans la possibilité d’attaquer une FOB adverse, ou, à l’inverse, de subir une intrusion. Chaque victoire ou défaite modifie votre rang d’Espionnage et de SMP, ce qui vous place dans un leaderboard mondial.

Un joueur attaquant a pour but de s’infiltrer au sein de votre base. Pour ce faire, il doit accéder à une porte, dont l’emplacement diffère en fonction du type de plateforme qu’il souhaite conquérir. La construction des plateformes de cette FOB s’exécute exactement comme celle de votre Mother Base, et son game design est identique. Cependant, sa gestion est reliée à votre contenu in game. Ce qui veut dire que toute tentative réussie vous subtilisera des membres de votre personnel, votre armement (fixe ou nucléaire) ou vos ressources. La seule façon pour vous de les récupérer étant de contre-attaquer la FOB adverse, et d’y réussir votre intrusion. Ou alors de contrer directement une attaque.

La défense s’organise en fonction des objets débloqués dans le jeu, ainsi que le personnel mis à la disposition : Caméra, drones, leurres, capteurs, etc. Plus vous mettrez de l’équipement dissuasif et des soldats bien évalués, plus vous avez une chance que l’attaquant face une erreur ou ne réussisse pas sa progression. Car si une seule alarme est déclenchée vous pourrez alors vous connecter à votre FOB et essayer de stopper vous même la tentative d’infiltration. Une tentative d’intrusion découverte, qu’elle soit réussite ou non, laissera alors un accès direct au défenseur pour débarquer chez son rival.

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Un brin rafraîchissant, ce mode a pour avantage de profiter de toutes les mécaniques de gameplay mises à disposition par Metal Gear Solid v The Phantom Pain. La gestion de la défense est assez poussée et libre, ce qui aura tendance à obliger l’attaquant à revoir sa stratégie d’approche en fonction de l’ennemie. Il vous faudra alors faire preuve de patience et de rigueur pour assimiler toutes les possibilités de jeu offertes. On notera tout de même un avantage certain à la défense, qui possède une force de frappe bien supérieure s’il est amené à contrer lui-même l’attaque sur sa FOB, et laissera très peu de chance au joueur novice ou peu-expérimenté de s’en sortir. De même, il est malheureusement impossible de pouvoir affronter directement sa liste d’ami, ne serait-ce en confrontation amicale ou sans scoring à la clé. Néanmoins, Kojima Production nous offre là un excellent mini-jeu un contre un, quand les serveurs sont opérationnels.

Une réalisation peaufinée à l’extrême

Graphiquement et techniquement Metal Gear Solid V : The Phantom Pain est presque une totale réussite sur consoles. Le jeu reste en toute circonstance fluide, et le rendu esthétique parfois photo-réaliste est un vrai plaisir pour les yeux. La seconde zone ouverte du jeu, l’Afrique, dispose d’environnements un peu plus mitigés en termes de rendus, mais rien de vraiment raté ou désagréable. Comme je l’avais déjà signalé dans mes impressions, les deux éléments moins réussis sur cette partie sont un très léger clipping et le délai d’apparition des grandes zones d’ombres.

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Artistiquement le style de Metal Gear Solid fait toujours aussi plaisir à voir pour les amateurs en mélangeant réalisme, science-fiction et une touche de fantastique. Yoji Shinkawa a réalisé une nouvelle fois un très bon travail, notamment concernant l’impressionnant Sahelanthropus. On aura du mal à trouver suffisante la justification du design de Quiet, mais la profondeur du développement du personnage aide à passer outre.

Concernant la partie sonore, encore une fois dans un épisode de la série, le résultat est exemplaire. Les doubleurs sont impliqués, et réussissent parfaitement à donner vie aux personnages et aux émotions qu’ils véhiculent. La motion capture est d’ailleurs un vrai plus concernant cet aspect. Kiefer Sutherland offre une prestation convaincante de Big Boss, même si le fan en moi regrette David Hayter. L’acteur de 24h chrono ne démérite pas le moins du monde et rend honneur au personnage. Une nouvelle fois Troy Baker nous gratifie d’un bon jeu d’acteur, cette fois-ci dans le rôle d’Ocelot. Il faut aussi saluer la prestation de Stéfanie Joosten qui rend le personnage de Quiet mémorable.

Cette fois-ci la musique n’a pas été composée par Harry-Gregson Williams. Ce dernier reste producteur, mais c’est Justin Burnett, accompagné de Ludvig Forssell et Daniel James qui composent la bande originale de cet épisode. J’ai particulièrement apprécié leurs compositions, notamment le thème « V Has Come To ». L’ajout de chansons des années 80 est également bien vu puisqu’elles ancrent le jeu dans une certaine réalité. On saluera les différentes interprétations de Donna Burke et Stefanie Joosten qui ont participé à la réalisation de plusieurs musiques.

Scénario : La boucle est-elle bouclée ?

Il est maintenant temps pour moi d’aborder un point essentiel de Metal Gear Solid V : The Phantom Pain : son scénario. Traiter ce point est assez difficile, je parlerai donc dans un premier temps de ce qui se trouve dans le contenu final. The Phantom Pain nous met au centre d’une histoire de vengeance. Presque tous les personnages souffrent d’une douleur fantôme. Ocelot étant l’une des seules exceptions. Cette douleur viendra nourrir cette véritable descente aux enfers. Les thématiques sont abordées avec justesse : un grand point fort au vu de certains sujets, notamment les enfants soldats. Les personnages que vous connaissez déjà vous surprendront et ne vous laisseront pas indifférents . La thématique de la vengeance et de la douleur fantôme nous montre une facette d’eux beaucoup plus sombre, et rarement abordés de cette manière dans la série. Le développement du personnage de Miller est à ce titre assez fascinant. Le premier chapitre se termine en apothéose, et on pourrait penser que le jeu s’arrête ici. Cependant, il reste un trop grand nombre de questions en suspens, dont certaines trouveront réponse dans le second chapitre, et plus particulièrement les dernières missions du jeu. La fin est d’ailleurs riche de sens, et est une véritable déclaration de Kojima aux fans de la série. Lorsque j’ai terminé le jeu, un sentiment de satisfaction à d’abord fait place, puisque Kojima m’avait une nouvelle fois bien trompé.

En revanche, tout n’est pas si simple. Metal Gear Solid V : The Phantom Pain est incomplet. L’absence de la mission 51, disponible dans le Blu-Ray making of du collector, en est une des preuves les plus flagrantes. Cette mission devait répondre à l’un des gros trous scénaristiques du jeu, mais le problème semble bien plus profond. C’est une grande partie du jeu qui semble avoir été coupé, sûrement à cause des problèmes entre Konami et Hideo Kojima. On sent une trame se dégager de l’architecture de Metal Gear Solid V. Comme si le jeu avait été pensé comme une série, le premier chapitre équivaudrait alors à la première saison. Nous sommes plusieurs à penser que Hideo Kojima et son équipe n’ont pas pu réaliser le jeu de la manière dont le créateur japonais aurait voulu. Néanmoins, Kojima et ses équipes ont fait leur maximum pour que toutes les questions trouvent une réponse dans cet épisode final. Une tâche difficile à accomplir dans les conditions de travail que le studio a connu, mais ils y sont bel et bien parvenus.  Thomas Jeronimo vous en parlera plus dans un prochain édito, je m’arrêterai donc ici pour ma part.

Conclusion

Avant d’apporter ma conclusion finale au test de Metal Gear Solid V : The Phantom Pain, Thomas va vous résumer son avis en quelques lignes.

ThomasAvis de Thomas : À ma connaissance, aucune autre série vidéoludique ne peut se vanter d’avoir réussi à enthousiasmer des millions de personnes sur plusieurs années comme l’a fait Metal Gear Solid. Et même si ce dernier épisode ne sera pas le plus marquant pour la plupart des joueurs, il aura encore une fois mis la barre très haute, de par sa qualité et sa générosité, tout en étant très accessible en terme de gameplay. Metal Gear Solid V : The Phantom Pain, qu’on se le dise, est l’exemple même du meilleur jeu d’infiltration, pour le moment. Bien qu’imparfait, nous sommes face à une œuvre peaufinée à l’extrême, ce qui est assez rare récemment pour le souligner. Sans compter que l’esprit de la saga est toujours présent, et que ce quatrième mur, qui s’effrite lentement pour nous exploser à la figure dans les dernières minutes de l’intrigue, n’aura jamais été aussi marquant.

Donner un verdict final sur Metal Gear Solid V : The Phantom Pain est extrêmement compliqué. En l’état, le jeu semble incomplet, et on ressent clairement un manque de connexion, de contenu scénaristique et une architecture bâtarde une fois le premier chapitre terminé. Le gameplay quant à lui reste incroyable et mon expérience de jeu aura été absolument grisante. Le scénario m’aura tenu en haleine, et j’aime à croire que le ressenti que Hideo Kojima a voulu insuffler à la seconde partie du jeu est volontaire. Une façon de partager la douleur fantôme des personnages, du jeu, et de Kojima lui-même. Metal Gear Solid V : The Phantom Pain est un grand jeu de par son gameplay prenant, bien étudié et parfaitement intégré au monde ouvert, et aussi par son destin funeste. Incomplet, imparfait, mais pourtant incroyable, le jeu en devient un cas d’école dont on parlera encore durant plusieurs années.

NOTES
Note
9
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De nature passionné et rêveur, je suis avant tout un fervent joueur, amateur des cultures de l'imaginaire, et fan de Metal Gear Solid, Kojima-San, Mass Effect et Deus Ex. Le Jeu Vidéo me passionne aussi bien en tant qu'art, qu'en tant qu'industrie. J'aime également la science-fiction, la fantasy, le cinéma, les séries TV, la culture japonaise et bien d'autres choses.