Test Assassins Creed Syndicate Geeks and Com

Je ne vous mentirai pas. Assassin’s Creed est une saga que j’adore détester. J’ai été de ceux qui avaient pris une claque sur le premier Assassins Creed, et qui avaient adoré la richesse du second (et de sa trilogie Ezio). J’ai ensuite été très déçu par Assassin’s Creed III qui a signé le déclin scénaristique de la saga avant d’apprécier la fraicheur du gameplay naval de Black Flag pour finir par crucifier Assassin’s Creed Unity. Ce dernier, le premier sur Next Gen, l’épisode tant attendu centrée sur la Révolution Française, devait marquer le renouveau d’une saga qui commençait à lasser. Les errements du moteur graphique et un scénario bâclé furent pour moi la trahison ultime. Je me suis alors promis que Unity serait mon dernier Assassin’s Creed. Alors que Syndicate est annoncé, je salue le choix de l’époque, le Londres Victorien, passionnante mais je n’en attends pas grand chose. Quand on me dit que le test du nouvel Assassin’s Creed est pour ma pomme, je lance le jeu en traînant les pieds. Néanmoins, une petite part de moi, celle passionnée par l’Histoire, veut y croire. Syndicate peut-il réussir là où Unity a échoué ? Ce nouvel épisode sera t-il celui de la rédemption et du renouveau ?

Fiche Technique

  • Date de sortie : 23 octobre sur PlayStation 4 et Xbox One / 19 novembre sur PC
  • Style : Action / Infiltration / Open world
  • Classement ESRB / PEGI : M / PEGI 18
  • Développeur : Ubisoft Québec
  • Éditeur : Ubisoft
  • Prix lors du test : 69,99 Euros / 79,99 $
  • Version fournie par l’éditeur

Assassin's Creed Syndicate - 3

Un moteur graphique qui tourne enfin

Assassin’s Creed Unity devait faire entrer la licence dans l’ère Next Gen, avec des graphismes à couper le souffle et des villes plus vivantes. On connaît le résultat : le jeu subissait de lourdes et fréquentes chutes de framerate et a mis environ 4 mois à se stabiliser à grands coups de patchs. C’est un des points sur lesquels Syndicate était attendu : il devait faire oublier les débuts houleux de son prédécesseur.

Comme on pouvait l’espérer le résultat est plutôt bon. Le moteur du jeu, le même que pour Unity, tourne enfin correctement et nous offre ce que nous étions en droit d’attendre l’année dernière. Le framerate reste globalement stable et même si on note quelques chutes lors des descentes en grappin avec le paysage de Londres (avec une bonne profondeur de champs) dans le fond, Syndicate est fluide. Une sorte de brouillard (qui reste explicable par la brume londonienne et la pollution de l’ère industrielle) est présent et doit permettre d’alléger la charge sur la console, néanmoins on ne s’en plaindra pas.

Assassin's Creed Syndicate - 5

Les textures, notamment la pluie sur les pavés de Londres, sont de bonne facture et la gestion de la lumière donne de jolis effets dans certains bâtiments (se balader dans une gare baignée de soleil est assez sympathique par exemple). Bien sûr, si on colle le nez sur certains murs, certaines textures jurent un peu, mais on mettra ça sur le dos de l’open world et ce n’est jamais choquant.

J’ai tout de même noté quelques échecs graphiques qui nous rappellent parfois qu’on est sur le même moteur que Unity. J’ai à nouveau eu ce moment gênant où la peau du visage de mes héros semblait s’étirer pendant une cinématique (souvenez vous des visages sans peu de Unity !), où encore quand les personnages disparaissent littéralement, et j’ai noté quelques animations ratées pendant mes parkours. Ces plantages restent globalement  exceptionnels et on est très loin du manque de finition du précédent épisode.

Bref, le jeu est plutôt beau, tourne bien, et semble plutôt bien fignolé malgré quelques bugs récurrents de la saga qui sont toujours présents.

Londres la magnifique

Pour la petite histoire, je suis un anglophile convaincu et un amoureux de la capitale britannique. S’il y a un Assassin’s Creed qui devait m’attirer après celui dans Paris, c’est bien un épisode dans la capitale londonienne pendant l’époque victorienne.

Le Paris de Unity était une des seuls bonnes choses que j’avais retenu du jeu, tant le soucis du détail et l’ambiance étaient présents. On peut difficilement reprocher à Ubisoft le travail réalisé dans les Assassin’s Creed sur les villes qu’ils visitent, et ce n’est pas avec Syndicate que cela va s’arrêter. Londres est tout simplement magnifique.

Divisée en quartiers assez différents, la capitale est pleine de vie et illustre à merveille ce à quoi devait ressembler une ville en pleine révolution industrielle en plein XIXe siècle. On retrouve les grandes avenues de l’époque, plus larges, pleines de calèches, et qui tranchent avec les avenues piétonnes de Paris. La Tamise n’est pas le fleuve calme que l’on connaît mais bien une artère commerciale surchargée de péniches et autres navires. Enfin c’est aussi l’avènement du chemin de fer ! De nombreuses voies ferrées traversent ainsi toute la ville qui est parsemée de gares bondées. La base d’opération des jumeaux Frye est ainsi un train qui parcoure Londres en permanence et qui ajoute un certain cachet à l’ambiance.

Encore une fois, la ville est LE gros point fort du jeu tant on se perd dans l’ambiance de cette Londres industrielle mais aussi très bourgeoise. Le travail d’Ubisoft Québec est énorme et la direction artistique ainsi que l’immersion sont parfaites. Le fan de l’époque victorienne en moi jubilait pendant mes balades à la lueurs des lampadaires lors des nuits brumeuses de Londres (et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres). L’évolution par rapport au Paris de la fin du XVIIIe siècle est vraiment palpable et visible, et on a jamais l’impression d’une redite de Unity alors qu’il s’agit du même moteur. Cette architecture différente n’est pas seulement un plaisir pour les yeux puisqu’elle apporte une certaine fraîcheur au parkour comme nous allons le voir très rapidement.

Deux héros, deux gameplays ?

Une des promesses de Syndicate, c’est la possibilité d’incarner non plus un seul mais deux héros, deux jumeux pour être plus précis : Jacob et Evie Frye.

Peut-être vous souvenez vous de la fameuse polémique de l’année dernière quand un développeur d’Ubisoft avait déclaré pendant la promotion d’Assassin’s Creed Unity que les personnages féminins étaient trop complexes à modéliser… ce qui avait soulevé un tollé parmi les joueurs et la presse à l’époque. On ne saura jamais si Evie est le fruit de cette polémique ou si elle était prévue de base mais en tout cas nous voilà avec deux héros et enfin une femme jouable. Ce n’avait plus été possible depuis Aveline dans Assassin’s Creed Liberation.

Ces deux héros travaillent ensemble à la chute des Templiers à Londres, mais ne sont pas toujours d’accord sur les moyens. Ainsi, certaines missions ne seront jouables qu’avec Jacob, tandis que d’autres ne pourront être réalisée qu’avec Evie. L’ensemble est globalement équilibré contrairement à ce qu’on pouvait craindre au départ. Ajoutez à cela le fait que, en monde ouvert et pour les différentes activités annexes, vous pourrez changer de personnage simplement en passant par le menu du jeu.

Deux héros, cela veut-il dire 2 gameplays ? Malheureusement non. Ubisoft met en avant le fait que Jacob est plus impétueux, plus violent et donc plus adapté au combat tandis que Evie est plus spécialisée dans l’infiltration et l’assassinat discret. Ce n’est toutefois pas tout à fait exact : le jeu avançant, les héros gagnent des points de compétence que vous pouvez allouer sur un arbre de compétence. On pourrait se dire que chaque personnage a son propre arbre dédié, axé sur l’infiltration pour Evie, et sur l’action pour Jacob. Or ce n’est pas le cas puisqu’à quelques compétences près, les deux héros partagent le même arbre de compétence. Evie peut au final devenir très efficace au corps à corps, et Jacob être capable de s’infiltrer discrètement.

C’est dommage dans le sens où on passe à côté d’un véritable gameplay dual qui aurait pu être très intéressant. Néanmoins, l’idée de mettre deux héros jouables (dont une femme) reste bonne et permet notamment de diversifier les différentes missions, qui restent plus orientées infiltration pour Evie et action pour Jacob.

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Evie et Monsieur Green, l’assassin en charge de Londres

Un gameplay plus brutal et plus nerveux

La présence de deux héros n’est bien sûr pas la seule nouveauté. Ubisoft Québec, qui a réalisé cet épisode, a réussi, via quelques petits ajouts, à dynamiser et à rafraîchir un gameplay qui commençait à tourner en rond.

Vous avez votre objectif principal bien sûr : tuer le grand méchant, Starrick Crawford, qui dirige Londres en coulisse d’une poigne de fer. Pour se faire, il vous faudrait remonter jusqu’à lui en tuant ses lieutenant un à un. Starrick contrôle tous les quartiers de Londres grâce aux gangs de rues. Un de vos objectifs sera donc de reprendre chaque quartier de Londres, borough (le terme anglais pour désigner un canton) par borough, en accomplissant des missions secondaires.

Pour cela, vous avez votre propre gang : Les Rooks, que Jacob dirige. Suivant les borough, vous devrez par exemple assassiner le chef local, le capturer ou bien tuer tous les représentants du gang adverse dans leur base d’opérations. Ces diverses activités sont suffisamment intéressantes (sans être bouleversantes) pour donner envie de libérer progressivement la ville. Une fois que tous les borough d’un quartier sont libérés, une guerre des gangs se lance où votre gang et le gang ennemi se foutent joyeusement sur la figure dans un combat de rue. Pendant cette bataille, vous devrez tuer le chef du quartier pour en prendre définitivement le contrôle. C’est un système somme toute assez classique qui rappelle ce qu’on pouvait voir dans Assassin’s Creed Brotherhood, mais cela reste efficace et plaisant à jouer.

Les assassinats, qui avaient fait leur grand retour avec Assassin’s Creed Unity sont toujours présents. S’il y a quelques bonnes idées, on regrettera néanmoins leur trop grande facilité puisque si suivre un plan est gratifiant, on peut aussi tout simplement foncer tête baissé pour abattre sa cible devant tout le monde. L’infiltration reste, elle aussi, hasardeuse à cause d’une IA toujours perfectible et des contrôles pas toujours optimisés.

Assassin's Creed Syndicate - 1

En terme d’équipements, on retrouve ce que s’est déjà fait dans la série : fléchettes qui provoquent une crise de rage, bombes portatives, lame d’assassin, customisation des vêtements, tout y est. Un système de crafting est également de retour pour renforcer vos équipements (armes, sacoches, etc), mais aussi améliorer votre gang. Vous pourrez ainsi équiper vos hommes avec des armes à feux, embaucher des brutes ou corrompre la police pour qu’elle vous laisse tranquille dans vos quartiers. Bref du classique, mais qui fonctionne.

La véritable nouveauté de cet Assassin’s Creed, c’est tout simplement le grappin qui vous permet de vous propulser au sommet et entre les bâtiments très rapidement. Il a divisé à son annonce, et il divisera encore une fois le jeu sorti. J’étais très clairement parmi ses détracteurs quand le jeu a été annoncé, prétextant qu’il allait tuer le feeling du parkour, cette capacité à parcourir la ville de toit en toit si chère à la série. J’avais raison sur un point : Oui, nos héros ressemblent maintenant à Spider-Man à se projeter dans les airs en tirant sur le bâtiment en face pour se rattraper en vol. Oui le réalisme en prend un coup, mais concrètement, est-ce un problème quand on a un personnage qui grimpe déjà aux murs avec l’aisance de l’homme-araignée ? Surtout, cela dynamise énormément le parkour qui devient très nerveux et plus grisant. Au bout de quelques temps, on utilise naturellement le grappin au point d’avoir du mal à s’en passer. Il peut-être utilisé quasiment partout, la seule obligation étant de viser une corniche pas trop éloignée. Cet ajout est donc franchement une réussite qui m’a convaincu à l’utilisation, et qui pourrait bien devenir une composante essentielle du parkour dans les prochains jeux de la série, n’en déplaise aux conservateurs (y compris au sein de cette rédaction !).

On peut également parler brièvement des combats, qui sont plus dynamiques, brutaux et rapides que dans Unity, lorgnant toujours vers un Batman Arkham sans jamais l’atteindre. Il y a aussi les calèches qui marquent  l’arrivée des véhicules (autres qu’un cheval) dans l’open world. Au final, elles disposent d’une physique improbable et ne sont pas toujours faciles à manier, ce qui fait qu’à moins de vouloir aller rapidement à son objectif, on préférera utiliser le grappin de toit en toit.

Le gameplay de la saga reste fidèle à lui-même et n’est pas révolutionné même s’il se dynamise. Toutefois, le plaisir de jeu est bien là.

Assassin's Creed Syndicate - 2

Une écriture en voie d’amélioration mais qui manque d’envergure

Ah les scénarios d’Assassin’s Creed… J’avoue très franchement que j’ai commencé à devenir sceptique dès la fin d’Assassin’s Creed 2, le 3ème épisode ayant achevé de me convaincre qu’Ubisoft n’y attachait plus d’importance. Le scénario de Black Flag était rachitique, tandis que celui de Unity se moquait éperdument de la période passionnante dans laquelle il se déroulait pour se focaliser sur une histoire d’amour clichée à souhait.

Autant vous dire que je n’attendais pas grand chose de Syndicate sur ce point… et que je n’avais que partiellement raison de le faire. On découvre donc Jacob et Evie, deux jumeaux assassins têtes brûlées opérants dans la banlieue de Londres. Dès le début du jeu, ils décident de désobéir à leurs maîtres pour attaquer les Templiers qui contrôlent Londres, et notamment Starrick Crawford, le véritable maître de la ville. Voilà, vous avez le pitch de base. Oui, c’est très simple, très classique et ça manque d’envergure. Une pièce d’Eden est encore une fois convoitée par les deux parties. Bref, on reprend la même structure que pour les jeux précédents, et on recommence. Sauf que cette fois, cette base simpliste est enrobée de sucre : le tout est un peu mieux écrit et mis en scène.

Les deux héros par exemple, sont caricaturaux. Jacob est l’assassin un peu plus violent qui veut devenir le roi de Londres et avoir son propre gang tandis qu’Evie est plus posée, plus stratège. Très classiques en somme, mais ils n’en sont pas désagréables à suivre pour autant puisqu’ils disposent de lignes de dialogues plutôt bien écrites et doublées qui les rendent sympathiques. Le ton de cet épisode est plus léger, parfois drôle, notamment grâce à ce duo chamailleur.

Starrick Crawford
Starrick Crawford

Le bad guy, Starrick Crawford, bénéficie également d’un meilleur traitement que d’habitude. Particulièrement classe, c’est un faux-calme sujet à quelques sautes d’humeurs qui sont mises en scène entre chaque assassinats de ses lieutenants. On reste sur du méchant classique, celui des films de gangsters qui va tuer un de ses soldats parce qu’il l’interrompt pendant qu’il joue du piano, mais il n’en est pas moins plaisant à suivre.

Comme d’habitude, quelques guest star font leur apparition dans cet épisode, parmis lesquelles Charles Dickens (qui offrent de sympathiques missions basées sur les histoires de fantôme anglaises), Charles Darwin, Karl Marx ou Graham Bell.

Enfin, le “présent” où le joueur est dans l’Animus, est réduit à peau de chagrin. Il est limitée à quelques cinématiques où les personnages présents depuis le premier épisodes cherchent la pièce d’eden de Londres. Rien de très mémorable, et on ne va pas s’en plaindre tant j’ai toujours considéré que l’intérêt de la saga est ailleurs.

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Graham Bell

Conclusion

Je n’attendais pas grand chose de ce nouvel Assassin’s Creed et j’ai finalement été agréablement surpris. Comme d’habitude, la ville et la direction artistiques sont superbes, sauf que cette fois le moteur de jeu est plutôt stable (même si certains bugs récurrents de la saga sont toujours présents). Si l’idée de mettre deux héros n’est pas poussée jusqu’au bout avec un véritable gameplay dual, le plaisir de jeu, que ce soit avec Evie ou Jacob, est bien là pendant la quinzaine d’heure nécessaire pour terminer l’aventure principale (compter entre 20 et 25h pour reprendre tout Londres et finir les quêtes annexes). Le gameplay n’est pas révolutionné mais dynamisé par l’ajout du fameux grappin et des combats un peu plus percutants. Et enfin, le scénario est toujours aussi cliché, mais n’est pas désagréable à suivre pour autant grâce à des dialogues et une mise en scène qui passent un peu mieux que d’habitude.

Est-ce que ce Syndicate est meilleur que Unity ? Oui, définitivement. Est-ce qu’il révolutionne la série ? Absolument pas. Est-ce que je vous le conseille ? Ça se pourrait bien. Tout dépend de comment vous vous situez par rapport à la saga. Vous détestez ? Ce n’est pas l’épisode qui vous fera aimer. Vous adorez ? Foncez, c’est de la bonne. Vous hésitez ? Dites-vous que c’est un bon Assassin’s Creed.

NOTES
Note
7.5
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Communicant parisien élevé aux Sciences Politiques, je suis avant tout un passionné de jeux vidéo, mais également  un dévoreur de films, de séries, de littérature Science-Fiction, et de culture web. Accessoirement, je suis aussi un transhumaniste à tendance sociopathe, amoureux d'aliens bleues et de sorcières rousses, et fasciné par la simple idée de voir un jour l'humanité coloniser l'espace...