Il y a six ans déjà, le premier Blood Bowl sortait. Adaptation du jeu de plateau créé chez Games Workshop dans les années 80, le titre se voulait un jeu fidèle à sa version composée de figurines hors de prix et de dés bien solides. Par le même fait complètement dédié aux fans de l’univers, Blood Bowl permettait l’arrivée de ce football américain dopé à la castagne et aux affrontements sanglants des races de l’univers Warhammer. Extrêmement ardu, le jeu de Cyanide avait rencontré un vrai succès d’estime mais les ventes n’étaient restées qu’honnêtes. Avec Blood Bowl II, Cyanide cherche à ouvrir la bataille aux nouveaux venus sans pour autant perdre les fans de la première heure. Pari risqué et autant le dire de suite qu’il n’est pas réussi pour tout le monde.

Fiche technique

  • Date de sortie : 22 septembre 2015
  • Style : Sport / Stratégie
  • Classement ESRB / PEGI : 16+
  • Développeur : Cyanide
  • Éditeur : Focus Interactive
  • Langue d’exploitation : Textes et voix en Français
  • Disponible sur  : PC, Playstation 4, Xbox One
  • Évalué sur : Playstation 4
  • Prix lors du test : 44,99 Euros
  • Version physique fournie par l’éditeur

 

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Des règles à priori simples, à priori…

Le Blood Bowl, c’est deux équipes de 11 joueurs qui s’affrontent deux mi-temps de huit tours durant. L’objet de l’affrontement : un ballon oval sur lequel est fixé deux anneaux hérissés de pics qu’il faut emmener dans l’en-but adverse afin de marquer un touchdown. La ressemblance avec le football américain de notre monde s’arrête là. En effet, le ballon n’est qu’un prétexte pour s’envoyer des coups, et tous sont permis, surtout les plus violents et les plus vicieux. On s’occupera du ballon quand on aura le temps. Ainsi s’offre aux joueur un véritable jeu de baston tactique, décomposé en tours et en lancés de dés.

On l’a dit, le ballon n’est finalement que le prétexte. Cela dit pour gagner, il faut s’en occuper à un moment, sécuriser son porteur et le faire progresser jusqu’au touchdown. Pour y parvenir, les équipes se composent en trois classes : les blitzer, qui sont les spécialistes de la mandale, les trois quarts, capables de se battre mais surtout de prendre les interval pour s’infiltrer dans l’arrière-champ adverse et les passeurs, dont le nom parle pour eux. Chacune des deux équipes joue chacune à son tour et peut effectuer plusieurs types d’actions. Ces actions, soumises au jets des dés, correspondent aux statistiques des joueurs. Lancer un ballon, le ramasser, le réceptionner, mettre KO un adversaire ou encore l’esquive, tout est soumis au lancé des dés.

Dans Blood Bowl 2, comme dans son prédécesseur, il s’agit donc de gérer au mieux le facteur hasard. Et dans Blood Bowl 2 tout a été éclairci. Ainsi, d’un simple coup d’œil on voit quelles chance on a d’esquiver, de réussir le lancer ou le ramassage, ou la probabilité d’avoir un jet contraire à ses espérances. Une amélioration nécessaire et bienvenue. Aussi, au moment d’une action, la fiche des personnages apparaît à l’écran, permettant de voir immédiatement le rapport de force installé. Tout est fait pour que chances et risques de chaque action soient intelligibles et ainsi permettre au joueur d’agir en connaissance de cause.

Et autant dire que l’ordre de priorité que le joueur donnera à ses action pourra déterminer l’issue du match. En effet, chaque échec entraînera un turnover qui rendra la main à l’adversaire, gare donc aux action précipitées. Oubliez de déplacer deux joueurs pour anticiper l’action suivante, ratez un jet de dés risqué qui devait permettre de faire avancer le ballon et c’est toute votre stratégie qui s’effondre, laissant tout le loisir à l’adversaire d’agir. Finalement, lorsqu’on effectue une action, on fait un vrai pari, le 100% n’existant pas dans Blood Bowl, tout comme le 10/10 sur Geeks And Com’, le jeu parfait n’existant pas.

Régulièrement d’ailleurs, alors que le joueur croit avoir mis en place la bonne stratégie au tour d’avant et pense aller au touchdown, un mauvais jet et tout s’effondre, les certitudes laissant place au désespoir. Pour augmenter ses chances on peut déplacer un joueur à côté d’un autre afin de créer un soutient augmentant sensiblement les chances de réussites mais ne les garantissant pas. Le revers est que le joueur déplacé ne pourra pas attaquer un adversaire après déplacement sauf s’il utilise la capacité Blitz, qui, disponible une seule fois par tour, permet de se déplacer et d’attaquer directement. Encore une fois, il faudra choisir le plus judicieusement le joueur qui l’utilisera, sous peine de se retrouver bloqué.

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Les Reikland Rivers tentent un come back

Si vous connaissez Blood Bowl, la sous-partie précédente vous est sûrement apparue limpide voire même simpliste. Si vous débarquez, il se peut que vous n’ayez pas encore tout compris. Rassurez-vous, c’est normal. Sous ses airs de baston soumises à l’aléatoire, Blood Bowl 2 cache une véritable profondeur et une complexité apparente qui pourrait décourager le coach amateur qui commence. C’était d’ailleurs le point faible du premier opus, il n’y avait presque rien qui faisait office de tutoriel, ne serait-ce que pour apprendre les bases. Cyanide corrige très largement le tir avec un mode campagne qui permet d’apprendre progressivement chacun des aspects du jeu et ainsi s’approprier tranquillement les bases nécessaires à l’amusement.

Ce mode campagne, est scénarisé par une histoire aussi débile qu’efficace : il faut aider les Reikland Rivers, une équipe d’humains tombée dans l’oubli à revenir sur le devant de la scène. L’équipe doit tout réapprendre et son coach (vous) aussi. L’occasion pour Cyanide d’implanter une à une les règles de bases de ce sport mortel. Au fil des matchs, les règles s’empilent, sont assimilées par le joueur qui fini enfin par se retrouver seul face à lui même sur le terrain. Les turnovers font leurs apparitions, ainsi que les consommables, qui permettent de rejouer une action en espérant la réussir le second coup, ou même relancer des dés défavorables. Ensuite vient la gestion de l’effectif, de l’économie de l’équipe, des blessures et autres faits aléatoires comme par exemple l’arbitre anti-humain qui vient tacler l’un de vos joueurs sans prévenir.

L’aspect brutal de l’apprentissage est donc mis aux oubliettes par les développeurs qui ont souhaités une courbe d’apprentissage beaucoup plus douce, et présenter l’univers Warhammer aux joueurs découvrant le jeu. Ainsi, la campagne permet d’affronter toutes les races (Chaos, Nains, Elfes, Skavens et j’en passe), et surtout de faire remarquer aux joueurs que toutes ne jouent pas de la même manière. Le but est donc de permettre au joueur d’apprendre à jouer au Blood Bowl tout en le préparant pour l’aspect le plus intéressant de Blood Bowl : le multijoueur. Cependant, la mise en scène télé de la campagne à vite fait d’agacer. Les ralentis vous amuseront pendant trois matchs puis vous les désactiverez, les matchs étant déjà suffisamment longs comme cela. Egalement les commentaires, qui dans un premier temps donnent de la vie à la campagne, se révèlent vites répétitifs et après quelques heures de jeu n’apportent plus rien et agacent. Fort heureusement, pour les ralentis comme pour les commentaires, on peut les désactiver dans les paramètres.

Etre entraîneur, c’est un job à plein temps

Tout le sel de Blood Bowl II réside dans le système de ligues dans lequel on débute avec des pipes qu’on fait progresser jusqu’à devenir, s’ils survivent, des monstres intraitables. La première chose à faire est donc de créer sa propre équipe. On peut personnaliser son blason, son nom, son stade mais surtout choisir sa race. Et c’est là qu’il faut faire un choix. Allez vous continuer sur la lancée du mode campagne en prenant les humains, équilibrés mais sans réels points forts, les Orques, puissant mais pas mobiles pour un sou ou les Hauts-Elfes, fragiles mais rapides et ultra-précis ? C’est à vous de voir. Dans tous les cas vous débuterez avec une équipe de bras cassé (exemple : le XV de France, et bim !). Plus concrètement, chaque race à ses capacités propres en plus des statistiques de force, d’agilité, de mouvement et d’armure, et a donc une approche particulière des matchs. Egalement, chaque faction possède ses capacités spéciales et il ne tient qu’au joueur de faire évoluer son équipe en accentuant ses capacités ou en cherchant à les équilibrer. Par ailleurs, cette progression se fait grâce à des points d’expérience acquis grâces aux baffes distribuées, aux touchdowns marqués ou encore aux actions spéciales réalisées, et est donc inégale entre les joueurs.

Parlons maintenant des adversaires. En mode ligue, le joueur peut, selon sont souhait, jouer contre d’autres joueurs ou contre l’intelligence artificielle. Cette dernière est idéale pour entraîner son équipe et expérimenter ses tactiques. En effet, elle connait très bien les avantages et les inconvénients de chaque faction, est capable de ne pas prendre une option de jeu trop risquée ou encore planifier une attaque. Mais celle-ci s’avère extrêmement scolaire dans son approche du jeu et dès que vous sortez des sentiers battus, elle vrille, et se met à accomplir des actions absurdes et provoquer des turnovers alors que le touchdown lui tendait les bras. Idéale pour apprendre pour s’entraîner et affiner son jeu, mais trop limitée pour un joueur qui comment à avoir de la bouteille. Dommage. Du côté des joueurs humains, tout fonctionne bien, le matchmaking s’appuie sur un judicieux système de handicap, qui permet au joueur le plus faible d’acquérir quelques bonus pour pouvoir lutter le plus équitablement possible. Seulement voilà, alors que la Chaos Edition de Blood Bowl proposait 23 équipes, la version de départ de Blood Bowl 2 n’en propose que huit plus deux en DLC  : Elfes-Sylvain et Hommes Lézards, ces dernier ne s’obtenant pour le moment qu’en ayant précommandé le jeu. Ça fait un peu léger à vrai dire et on regrette cette option prise par Cyanide qui n’incite pas les joueurs du premier opus à passer sur le second pour le moment.

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Conclusion

Blood Bowl 2 à su corriger l’essentiel des problèmes du premier opus, qui portaient surtout sur l’accessibilité. Exit les menus incompréhensibles du premier opus, exit le fait d’être jeté dans la gueule du loup sans y être préparé. Faut-il pour autant inciter tout un chacun de se procurer le titre ? La clarté de l’écran, la campagne pour le reste fort sympathique permettant l’apprentissage tranquille des règle, la profondeur évolutive des équipes en mode ligue et sa violence drôle incitent à dire oui. Pour les nouveaux arrivant en tout cas. Car lorsqu’on se place du côté des joueurs expérimentés, l’addition est un petit plus salée. Hormis un bon graphique évident, une amélioration de l’interface et du confort de jeu, les habitués risquent fort d’être déçu par le faible contenu présent à la sortie. De plus, son IA intéressante pour débuter se révèle finalement assez facile à perturber et les joueurs expérimentés n’y trouverons pas leur compte, pas plus que dans l’affrontement d’autres joueurs du fait de la limitation actuelle à huit équipes. Reste que Blood Bowl 2 est un bon jeu, fun, accessible mais pas trop, récompensant l’investissement et procurant de bonnes sensations lorsqu’on défait un adversaire trop sûr de sa force. Si Cyanide suit le titre comme il a suivi son précédent opus, il surpassera son aîné, mais pour l’instant, Blood Bowl 2 s’adresse plutôt à ceux curieux de découvrir l’univers de Blood Bowl.

NOTES
Note
7.5
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Futur professeur d'Histoire-Géo en région parisienne et passionné des processus de création des jeux vidéo. Également grand consommateur de sport collectifs, de jeux vidéo et de tout ce qui touche à l'Histoire et à la politique.