E3 2015, conférence Electronic Arts. Alors que les joueurs regardent avec un air hébété une présentation sans consistance de FIFA 16, débarque sur la scène un type muni d’une petite peluche en laine. Cet homme, c’est Martin Sahlin, directeur créatif de Coldwood, studio responsable de Unravel. Avec les mains tremblantes et une voix rendant bien son stress, il est parvenu à émouvoir une grande partie de l’assistance qui découvre alors son jeu. Accompagné d’une musique envoûtante, Unravel se dévoile. Il s’agit d’un jeu de plateformes, dans lequel une pelote de laine se déroule et s’accroche afin de parcourir les niveaux ancrés dans des décors naturels. Conquis, j’attendais alors impatiemment de pouvoir découvrir cette oeuvre qui visiblement, contient beaucoup des gens qui l’ont faite. Nous y sommes et nous avons terminé Unravel. Le titre de Coldwood est-il à la hauteur de l’engouement suscité ? Réponse dans ce test, doux comme un bon chocolat chaud devant la cheminée, vêtu du pull moche mais chaud tricoté par mamie.

Fiche Technique

  •  Date de sortie: 9 février 2016
  •  Genre: Plateforme
  •  Classement: ESRB E / PEGI 7
  •  Développeur: Coldwood Interactive
  •  Éditeur: Electronic Arts
  •  Langue d’exploitation: Textes en français
  •  Disponible sur Xbox One,  PS4 et PC
  •  Évalué sur PS4
  •  Prix lors du test: 19,99 $ CA / 19,99 Euros

La vie ne tient qu’à un fil

Unravel est la « caution indé » de EA, même si le titre n’a rien d’indé puisque édité par EA, l’un des trois plus gros acteurs du jeu vidéo mondial. Mais passons, il est pour l’éditeur américain, son Ori and the blind forest. Développé par les suédois de Coldwood, le jeu se déroule dans des environnements très clairement tirés de la nature scandinave, le titre reprenant même des photos faites par les développeurs. Dans ce contexte, un rapport très net à la nature se dégage du titre et nous fait voyager.

Le titre est l’histoire d’une petite pelote de laine ayant pris vie et parcourant les souvenirs d’une grand-mère afin de les sauvegarder. Le pitch est donc assez simple voir même simpliste dans la mesure ou jamais le gameplay ni la narration ne viennent approfondir cette trame de fond, pourtant  prétexte de la progression. On sent bien qu’Unravel veut raconter quelque chose. Le fait qu’à la fin de chaque niveau on retourne dans la maison de la grand-mère montre cette volonté d’ancrer le récit autour de cette demeure et de sa famille, mais la platitude du propos le rend presque hermétique au joueur. Tant pis, le jeu saura émerveiller par d’autres moyens, ce que les développeurs ne semblent pas avoir anticipé.

Yarny, une pelote qui ne se laisse pas tondre le dos

Venons-en à LA star de ce jeu, qui transmet beaucoup plus de choses que l’histoire elle-même : Yarny. Yarny est un petit personnage né d’une pelote de laine rouge qui s’est échappé du panier de mamie pour réapparaître sous une forme vivante, comme dans un conte. Et c’est bien ce qu’est Yarny : un personnage de conte. A chaque réaction du personnage, peur, joie, entrain, angoisse, on se surprend à lâcher des « ooooooooooooh, trop mignon » traduisant un véritable tour de force de Coldwood. Rares sont les personnages magiques à dégager autant d’empathie et d’émotions que celui-ci. Quel que soit le niveau dans lequel on se trouve, on décrypte sans aucune difficulté l’état d’esprit du personnage. On s’inquiète, on rit, on se transforme en guimauve. On en vient même à s’angoisser quand notre petite boule de laine devient trop maigre à force d’avoir fait des nœuds et des détours. Car oui, Yarny est, en plus d’être l’un des personnages les plus touchant depuis longtemps, il est également le cœur même du gameplay d’Unravel.

On l’a dit, le titre de Coldwood est un jeu de plateforme somme toute assez classique à la différence que la progression est liée à la longueur de la pelote de laine composant Yarny. Sur tous les artworks diffusés et les captures présentes dans ce test, vous aurez remarqué que Yarny est toujours relié au début du niveau par son propre fil qui se déroule jusqu’à ne plus pouvoir avancer. Cette mécanique est intéressante car elle oblige (un peu) à gérer le nombre de détours et de nœuds que l’on fait. Pour continuer à progresser, il faut atteindre des petits clous sur lesquels Yarny trouvera de la laine pour se renflouer un peu. Malheureusement, cette mécanique de gameplay n’est pas exploitée à fond et on ne se retrouve que rarement en difficulté. Dommage. Heureusement, le gameplay, et par extension le rythme d’Unravel, est bien mené sur d’autres aspects. Ainsi, le titre alterne entre contemplation, réflexion et quelques scènes d’action, dans lesquelles le rythme est élevé et demande du doigté, et où il faut réussir à se défaire d’animaux à priori inoffensifs pour nous, mais dangereux pour notre petit personnage.

Mais revenons un moment sur ce fil de laine composant Yarny, au-delà de sa longueur limitée, il permet de progresser. En effet, grâce à celui-ci, on s’accroche, on se balance, on créé des ponts pour déplacer des objets ou des tremplins pour atteindre des zones inaccessibles autrement. Le fait de rembobiner le fil ou de le dérouler permet de jouer avec l’amplitude du mouvement. Cependant, encore une fois, le manque de challenge dans Unravel pourrait freiner certains joueurs car les énigmes sont un peu trop simples et trouver le bon enchaînement de saut ou les bonnes accroches pour déplacer un objet ne prend jamais plus de quelques instants. C’est facile certes, mais c’est bien pensé, et laisse toujours à disposition un peu d’attention pour la plastique du jeu, de très haut niveau.

Claque graphique, leçon n°1

L’un des gros points forts d’Unravel est donc sa technique. Les environnements sont absolument magnifiques, photo-réalistes et renforcent l’aspect magique du titre, notre petit personnage n’ayant rien de réaliste. Ce parti-pris est une idée brillante de Coldwood, qui se défait de l’aspect cartoon ou arty, pour proposer un décalage créant une vraie magie. On parcourt ainsi une forêt automnale, des plaines glacées, des bords de mers et même des usines. Cette multiplicité des décors permet de renouveler en permanence l’émerveillement, accompagnés par des effets de lumière parfaitement maîtrises. Quant au moteur physique, mis à part un ou deux bugs de collision rencontrés, c’est du sans-faute. En résumé c’est beau, c’est très beau, peut-être l’un des standards de sa génération.

Unravel est donc magnifique, mais il ne s’arrête pas là, cette plastique avantageuse est au service de l’ambiance du titre, l’un de ses autres gros points forts. Yarny transpire l’émotion, mais les décors font le travail aussi. Chaque décor correspond à un état d’esprit, à une ambiance dans laquelle la trame de fond, bien que plate, s’insère parfaitement. On ressent parfaitement ces instants de vie comme des madeleine de Proust, et la mélancolie qui s’en dégage. Quant au dernier niveau, il conclut parfaitement l’aventure de notre héros de laine, dans un tourbillon de ressentis et d’empathie. Enfin, la musique est excellente en tant que telle mais vient en réalité nourrir l’adage « le mieux est l’ennemi du bien ». En effet, les décors et Yarny retranscrivent très bien l’ambiance d’Unravel, et les musiques, si elles sont très bonnes, viennent grossir le trait par sa tonalité mélancolique ou épique, alors que le titre n’en a pas besoin. Elle est parfois trop présente, et flirte avec le pathos, sans toutefois complètement tomber dedans.

Conclusion

Une fois le titre terminé, après un peu plus de 9 heures de jeu, vous aurez envie de vous mettre sous une couverture avec du chocolat chaud, soyez en sûrs. Unravel est un petit bijou d’ambiance et de technique qui transporte le joueur très loin grâce à ses décors provoquant l’émerveillement, et à son personnage, Yarny. Ce dernier porte à lui seul l’essentiel de ce que transmet le titre en terme d’émotion au point que n’importe quelle action ou réaction provoque une réaction viscérale. Son gameplay n’est pas aussi aboutit qu’on aurai aimé, mais il se prend en main sans difficultés et permet de se concentrer sur le voyage proposé en terre Scandinave. On pourra toutefois regretter une absence de véritable challenge, un scénario presque en trop et un gameplay qui n’ose pas assez. Faut-il conseiller Unravel ? Oui sans aucun doute, à condition d’être très clair sur les attentes qu’on y place.

NOTES
Note
8.5
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Futur professeur d'Histoire-Géo en région parisienne et passionné des processus de création des jeux vidéo. Également grand consommateur de sport collectifs, de jeux vidéo et de tout ce qui touche à l'Histoire et à la politique.