Disponible sur PC, Mac et mobiles depuis plus d’un an, République est un jeu épisodique d’action-aventure et d’infiltration développé par Camouflaj et Logan Games. Le cinquième épisode « Terminus » est sorti le 22 mars et clôt l’histoire du jeu. Ce dernier opus est l’occasion d’une sortie en version complète sur PlayStation 4. Vous avez pu en apercevoir une partie (et pourrez continuer l’aventure prochainement) sur notre chaîne Twitch.
On notera que République a fait l’objet d’un financement participatif Kickstarter avec plus de 555 000 $ générés et plus de 11 000 backers dont les plus généreux apparaissent en PNJ (personnages non joueurs) tout au long de l’histoire.

Fiche Technique

  • Date de sortie : 22 mars 2016
  • Style : Action-Aventure, Infiltration
  • Classement ESRB/PEGI :M/PEGI +16
  • Développeur : Camouflaj et Logan Games
  • Éditeur : GungHo Online Entertainment
  • Langue d’exploitation : Voix en Anglais / Texte en Français
  • Disponible sur PlayStation 4/PC/Mac/iOS/Android
  • Évalué sur PlayStation 4
  • Prix lors du test : 24,99 €
  • Site officiel
  • Version numérique envoyée par l’éditeur

Republique 03

#KeepHopeAlive

Dans un futur proche, il est mal vu de réfléchir par soi-même, de s’adonner à des comportements déviants, de mettre en doute la bienveillance des autorités compétentes. Vous êtes dans l’institut Metamorphosis et le Directeur vous a à l’oeil. Son bras droit, Mireille, s’assurera que vous restez dans le droit chemin et s’il vous prenait l’envie d’aller lire un ouvrage proscrit par exemple, sachez que la salle de Recalibration ouvre à toute heure…

Hope est une PreCal curieuse et c’est justement à cette fin funeste que les Prizrak l’envoie à moins que vous ne puissiez lui venir en aide. C’est là qu’intervient l’OMNI View : avec l’aide du circonspect Cooper et en piratant les terminaux et caméras de l’institut, il vous faudra guider Hope à travers un dédale de couloirs, la dissimuler et détourner l’attention des gardes pour la délivrer de ses geôliers. Attention de ne pas vous faire prendre ! Hope serait alors perdue…

République est donc un univers dystopique où une entité totalitaire tente d’imposer sa volonté et sa vision étroite du monde à ses sujets. Si l’on ne connaît rien du monde extérieur à part quelques bribes de conversations enregistrées et des coupures de presse, on devine la grisaille ambiante et l’oppression intellectuelle qui règnent. Les références auxquelles on pourrait faire ici allusion sont pleinement assumées : 1984, Le meilleur des mondes, Blade Runner… Certains de ces auteurs figurent même dans la liste des livres proscrits dans le jeu par les Prizrak. Cette tentative d’étouffer l’imagination des PreCals évoque ce que que Guy Debord formulait dans La Société du spectacle en 1967 : « A mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire »

Qui dit oppression dit rébellion et celle-ci est incarnée par le personnage de Zager qui, bien qu’ayant disparu, est omniprésent au travers de son manifeste et des ses enregistrements sur cassette audio. Si le personnage en lui-même semble paranoïaque et franchement penché sur la boisson, les idées qu’il véhicule sont révolutionnaires et ce sont ses mots qui conduisent notre héroïne à s’engager dans la voie de la désobéissance.

Révolution LoFi

séquence de jeu

Cassettes audio, disquettes 3,5″ et livres anciens, la révolution est alimentée par le passé et rappelle au spectateur que l’Histoire, illustrée par des références au nazisme aux manifestations de la place Tian’anmen, ne doit pas s’oublier. Les drames de l’humanité sont présents en arrière-plan pour rappeler au joueur que le jeu auquel il s’adonne est une réalité plausible. Comme Platon dans son oeuvre éponyme, le joueur devra démêler les concepts de démocratie et de tyrannie et mener une réflexion personnelle, s’interroger sur sa société pour s’immerger au mieux dans cette expérience.

William S. Burroughs, dont l’oeuvre Le Festin Nu figure au catalogue des livres à jeter au bûcher, disait qu’il « vaut mieux être déviant que de mourir d’ennui ». Les mots Prizrak et PreCal évoquent très fortement ce même livre et la logique anti-élitiste de l’auteur de la Beat Generation se retrouve également dans les références que fait Cooper au jeu vidéo que Hope trouve sous forme de disquettes : Shovel Knight, Kentucky Route Zero, Axiom Verge… Les développeurs se permettent ici de briser le 4ème mur pour critiquer ouvertement une industrie du jeu vidéo et du mobile qui prend son public pour des vaches à lait et ne pense qu’à faire des ventes. Quand on sait que les développeurs ont travaillé sur des licences telles que Metal Gear Solid ou F.E.A.R., ce point de vue a l’avantage d’être bien renseigné. Peut-être est-ce cette revendication d’indépendance, toujours est-il que le studio de Seattle a reçu de nombreuses récompenses, dont le Excellence in Storytelling décerné par l’International Mobile Gaming Awards (IMGA).

Le triomphe de la volonté

République est un projet de longue haleine dont le premier épisode, « Exordium », est paru en décembre 2013, c’est donc 2 ans et demi plus tard que se clôt l’aventure. Le financement lui-même avait débuté en avril 2012 sur Kickstarter avec comme objectif une sortie sur iOS. C’est finalement un jeu qui sera sorti sur de nombreuses plateformes, et on souhaite que les joueurs Nintendo et Microsoft puissent également en bénéficier prochainement sur leurs consoles.

On notera que le jeu a été entièrement réalisé sur Unity 5, le dernier né de sa génération. Le gameplay est en conséquence très fluide et agréable. La prise en main se fait naturellement et on oublie rapidement les contrôles au profit de l’histoire. Le vrai pari, c’était pour Ryan Payton (anciennement de Kojima Productions) et Alexei Tylevich (Logan Games). Il leur aura fallu prouver qu’il est possible de développer un jeu ambitieux, pertinent et de qualité, en dehors des sentiers habituels.

Le jeu bénéficie d’un casting honorable avec des voix telles que Rena Strober (Fire Emblem: Fates, Persona 4: Dancing All Night…), Dwight Schultz (L’Agence tout risque, Star Wars: The Old Republic, Fallout 4…), Matthew Mercer, (Critical Role, XCom 2, Star Wars: Battlefront…), et d’autres encore.

NOTES
Niveau d'enthousiasme
8
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Cinéaste et infographiste de formation, adorateur de DC Comics, tolkiéniste compulsif. Geek multi facettes, musicien, compositeur, gamer, illustrateur et technophile. Bon public et éternel gamin