Ancien directeur artistique chez thatgamecompany, Matt Nava revient — avec son studio flambant neuf Giant Squid — pour une expérience liée une nouvelle fois à la poésie : ABZÛ. Une vision sous-marine qui aura mis 3 ans à sortir de l’imaginaire des développeurs, doués de leurs essais passés sur Flower et Journey. Mais est-ce que derrière ces fortes influences se cachent une expérimentation sensorielle atypique ?

Fiche technique de ABZÛ

  • Date de sortie : 2 août 2016
  • Style : Aventure/Réflexion
  • Classement ESRB/PEGI : ESRB E / PEGI 7
  • Développeur : Giant Squid
  • Éditeur : 505 Games
  • Langue d’exploitation : multilangues 
  • Disponible sur PC et PlayStation 4
  • Évalué sur PlayStation 4
  • Prix lors du test : 19,99 $ CA/19,99 € sur Steam et le PlayStation Store
  • Site officiel

Comme un air de déjà vu

Si vous ne vous êtes jamais essayé à une expérience à la thatgamecompany, alors vous n’êtes pas familier avec ce savoir-faire qui aura fait les beaux jours de la PlayStation 3. Laissez-moi donc vous remettre dans le contexte. Le but ici est de vous offrir un moment privilégié et intimiste avec un jeu qui se concentre sur l’exploration. Votre aventure peut pendre plusieurs visages, mais seule une narration sans texte, sans paroles, se canalisant uniquement sur la richesse et la beauté de son univers, prime. Avec, bien évidemment, son lot de multiples interprétations possibles. Ce n’est plus des pétales de fleurs que vous contrôlez, ni même un voyageur égaré dans le désert. ABZÛ vous met dans la peau d’un plongeur, qui se retrouve au milieu de l’océan, de l’inconnu, prêt à découvrir le moindre secret.

Pour cela, le titre vous pousse à l’exploration, à fouiner chaque recoin présent dans les récifs qui vous entourent, mélangeant des moments calmes et paisibles à des phases extrêmement simples d’énigmes. Toute cavité dans les profondeurs peut renfermer les plus grands mystères de ce monde. Un macrocosme qui prend racine dans diverses inspirations, aussi bien sur d’anciennes civilisations mésopotamiennes que sur certaines mythologies. La construction est tellement identique qu’on jurerait être en face de la suite de Journey. Rien que ça. Néanmoins, là où la progression et la narration du titre de thatgamecompany étaient logiques et intéressantes, celles de ABZÛ sont plus saccadées, plus épisodiques, moins maîtrisées et surtout prévisibles. Ce qui n’est pas spécialement aidé par les temps de chargement plutôt longs entre chaque « niveau » d’exploration, si on peut les appeler ainsi. L’accompagnement physique et psychologique sous forme de multijoueur, idée fort ingénieuse sur le précédent titre de Matt Nava, manque cruellement à cette nouvelle expérience, bien que son absence soit tout à fait normale.

ABZÛlument sublime

Pour autant, si l’accomplissement est sensiblement différent entre les deux jeux, ABZÛ use du même argument pour vous maintenir dans son univers : sa direction artistique, d’une beauté phénoménale. L’environnement à découvrir est extêmemnt riche et splendide, aux multiples couleurs exotiques, jouisant d’effets de lumières et d’ombres saisissants (sous l’eau comme dans l’univers onirique qui se construit autour de ce voyage. Nous n’irons pas plus loin dans les explications pour des raisons évidentes de spoiler). L’immensité des océans ressentit, dans la diversité de la faune et de la flore, son affichage en très grande quantité, risque fort de vous faire perdre votre temps très volontiers.

Cet émerveillement est aidé par l’autre élément important du jeu : l’ambiance du monde sous-marin. Composée par Austin Wintory, comme les deux œuvres distinctes de Matt Nava, la bande-son fait partie intégrante de cette narration, et de cette poésie qui en découle. Elle s’adapte in fine très bien au rythme imposé par chaque situation, tout en demeurant très organique. Les bruitages ne sont pas en reste, avec les cris des différents animaux aquatiques sons étouffés pouvant provenir de ces fonds marins, le tout intégré comme il se doit à la musique.

Simple comme bonjour…

… Puisque les mécaniques sont très abordables :  une touche pour nager et plonger, une autre pour s’accrocher aux gros poissons qui vous entourent (et ainsi avoir un meilleur angle de vue), la possibilité d’avancer plus vite et, enfin, la probabilité d’interagir avec certains éléments du décor (activer de nouvelles espèces, libérer des sondes alliées, récupérer les objets cachés, etc.). Très accessible, le jeu vous prend par la main tout le long de votre voyage, proposant un gameplay très proche de celui de Journey, dans l’eau. Vous serez donc en terrain connu.

Mais la mécanique qui donne son sel, cette particularité à ABZÛ, est la méditation, vous permettant de découvrir cette faune sous-marine que vous aurez débloquée au fur et à mesure, explorer plus en amont les décors et y dénicher les secrets enfouis du titre. Pour autant, cette joie sera de courte durée : comptez 2 à 3 heures pour faire le tour complet de l’expérience onirique que propose ABZÛ. Sachant que le jeu coûte actuellement une vingtaine d’euros, ce sera à vous de considérer si l’investissement est fructueux, ou non. Nous concernant, l’escapade vaut son prix, aussi courte soit-elle.

Conclusion

ABZÛ est typiquement le jeu qu’on adore ou qu’on déteste sans moindre mesure, comme ce fût le cas avec Journey et Flower avant lui. Pourtant, ABZÛ n’a pas la même maîtrise que ses prédécesseurs. Ses relatifs nombreux moments de chargement cassent votre progression : pas assez longtemps pour lui en vouloir, heureusement, mais suffisant pour nous sortir du conte. Mais, passer ce cap, l’expérience captivante et enivrante de Matt Nava nous met une nouvelle claque monumentale.

NOTES
note
8.5
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Rédacteur en Chef de la section Jeu Vidéo, administrateur d'une association sur la thématique du Jeu, et grand aficionado du domaine numérique. Passionné de Cinéma, de musique, de dessin, de jeu, de littérature, de NBA, et de la vie en général.