Critique de la série Wonder Man sur Disney+

Marvel a récemment choisi de mieux encadrer certains de ses projets afin de les rendre plus faciles à distinguer au sein d’un MCU devenu très dense. C’est dans cette optique qu’est née la bannière Marvel Spotlight, destinée à mettre de l’avant des œuvres plus ancrées et centrées sur les personnages, pouvant être appréciées sans une connaissance approfondie de l’univers partagé. Après Echo, diffusée en 2024 et première série à recevoir officiellement cette appellation, Wonder Man devient la deuxième production à s’inscrire sous cette catégorie. J’ai pu visionner l’intégralité des huit épisodes de la série et voici ma critique, sans dévoiler de divulgâcheurs.

Fiche Technique de Wonder Man

  • Date de sortie : 27 janvier 2026
  • Créateur : Destin Daniel Cretton
  • Producteurs exécutifs : Kevin Feige, Brad Winderbaum, Louis D’Esposito, Victoria Alonso, Destin Daniel Cretton
  • Distribution principale : Yahya Abdul-Mateen II, Ben Kingsley, Demetrius Grosse et Ed Harris
  • Distribution : Disney+
  • Production : Marvel Studios
  • Genre : Superhéros, comédie, satire
  • Nombre d’épisodes : 8 épisodes d’environ 30 minutes

Un regard différent sur l’héroïsme

Avec Wonder Man, Marvel s’éloigne volontairement des codes habituels du récit de super-héros pour proposer une approche plus intime et ancrée. La série se déroule dans un milieu où l’image, la performance et la perception occupent une place centrale, et où la reconnaissance passe souvent par des mécanismes implicites plutôt que par le simple mérite.

Loin d’une escalade d’événements spectaculaires, Wonder Man s’attarde à des situations du quotidien et à des décisions en apparence anodines, mais lourdes de conséquences. Les tensions ne proviennent pas d’une menace globale, mais d’un environnement qui observe, juge et interprète en permanence, créant un climat où le malaise s’installe de façon progressive.

Cette approche s’inscrit pleinement dans la philosophie Marvel Spotlight. La série privilégie une narration accessible, axée sur les personnages et les thèmes, tout en proposant une réflexion sur la célébrité, le contrôle et la difficulté de préserver son identité dans un système qui tend à transformer chaque individu en produit ou en symbole.

Simon Williams, exister sous pression

Simon Williams est présenté comme un protagoniste profondément influencé par le regard des autres. La série explore sa maladresse, son inconfort social et sa difficulté à trouver sa place dans un milieu où tout semble constamment évalué et commenté. Loin du super-héros sûr de lui, Simon apparaît fragile et vulnérable, ce qui rend son parcours particulièrement humain. Yahya Abdul-Mateen II livre ici une performance très touchante, tout en retenue, qui donne une réelle crédibilité aux doutes et aux silences du personnage.

Wonder Man insiste également sur la réalité d’un milieu où percer est déjà un combat en soi. Chaque opportunité est incertaine, souvent conditionnelle, et rarement acquise sur le long terme. Simon évolue ainsi dans un environnement instable, marqué par des attentes élevées et une pression constante, où chaque décision peut devenir un faux pas. L’écriture prend le temps de montrer ces défis sans les surdramatiser, permettant de mieux comprendre le poids que cette instabilité fait peser sur lui.

La série ne raconte pas une montée en puissance classique, mais un apprentissage plus intime. Il ne s’agit pas seulement de comprendre ce dont Simon est capable, mais surtout de composer avec ce que les autres attendent de lui. Cette approche, écrite avec beaucoup de sensibilité, rend le personnage particulièrement accessible. Certains spectateurs ayant vécu de l’isolement ou un sentiment de décalage sauront s’y reconnaître, tant Wonder Man parvient à traduire avec justesse ces défis humains.

Simon Williams/Wonder Man (Yahya Adbul-Mateen II) in Marvel Television’s WONDER MAN, exclusively on Disney+. Photo by Suzanne Tenner. © 2025 MARVEL.

Trevor Slattery, l’expérience comme contrepoids

Face à Simon, Trevor Slattery occupe une place centrale dans le récit, non pas comme moteur de l’action, mais comme point d’équilibre émotionnel. Interprété par Ben Kingsley, un visage bien connu des amateurs du MCU, Trevor apporte immédiatement une dimension familière à la série. Son passé et son vécu donnent du poids à ses interventions, sans jamais éclipser les autres personnages.

Après Iron Man 3 et Shang-Chi et la légende des Dix Anneaux, je ne m’attendais honnêtement plus à grand-chose du personnage de Trevor Slattery. Son arc me semblait déjà bien établi, voire clos. Wonder Man m’a donc agréablement surpris en choisissant de le réinvestir de manière intelligente et nuancée, prolongeant son parcours de façon cohérente et pertinente, sans jamais donner l’impression de forcer son retour.

Trevor incarne une forme de lucidité rare. Il comprend instinctivement le fonctionnement des institutions, des médias et de l’industrie du divertissement, ainsi que les compromis qu’ils imposent. Cette conscience ne fait pas de lui un cynique, mais un personnage profondément marqué par l’expérience. Sa relation avec Simon repose davantage sur l’écoute et l’observation que sur un mentorat traditionnel, permettant à la série d’explorer avec justesse les thèmes de la transmission, du compromis et du poids du passé, tout en ancrant son récit dans une réflexion profondément humaine.

Une proposition rafraîchissante dans le paysage Marvel

Wonder Man se démarque rapidement de ce à quoi Marvel nous a habitués ces dernières années, et ce décalage joue clairement en sa faveur. Là où plusieurs productions misent sur l’accumulation d’enjeux spectaculaires et de connexions avec l’univers élargi, la série adopte une approche plus mesurée et plus réfléchie. Ce choix de ton et de rythme apporte une bouffée d’air frais bienvenue dans un MCU devenu particulièrement chargé.

L’un des aspects les plus réussis de la série réside dans sa manière de placer l’élément superhéros en arrière-plan. Sans jamais l’évacuer complètement, Wonder Man l’utilise comme un contexte plutôt que comme un moteur narratif. Ce recentrage permet au scénario de se concentrer sur les personnages, leurs relations et leurs dilemmes, donnant au récit une cohérence et une profondeur qui servent pleinement ses thèmes.

La série se distingue également par plusieurs moments très méta, notamment à travers des références assumées à la culture populaire et à l’industrie du divertissement elle-même. Ces clins d’œil ne sont jamais gratuits et contribuent à créer des liens uniques entre la série et son audience, en jouant sur une complicité intelligente plutôt que sur le simple fan service. Cette approche renforce l’attachement aux personnages et au récit, à tel point qu’une fois la série terminée, il est difficile de ne pas souhaiter retrouver Simon Williams dans un avenir rapproché du MCU, tant son parcours et son potentiel donnent envie de le voir évoluer davantage.

(L-R) Trevor Slattery (Sir Ben Kingsley) in Marvel Television’s WONDER MAN, exclusively on Disney+. Photo by Suzanne Tenner. © 2025 MARVEL.

Un rythme assumé, au service du propos

Wonder Man adopte un rythme volontairement plus posé que la majorité des productions Marvel récentes, et ce choix est pleinement assumé. La série prend le temps de laisser respirer ses scènes, d’installer des silences et de s’attarder aux échanges plutôt qu’à l’action immédiate. Cette approche peut surprendre les spectateurs habitués à une narration plus rythmée, mais elle s’inscrit parfaitement dans l’intention du récit.

Plutôt que de multiplier les rebondissements, la série privilégie une montée progressive des tensions. Les enjeux se construisent à travers les relations, les non-dits et les situations du quotidien, ce qui donne au récit une densité émotionnelle plus marquée. Ce rythme plus lent permet également de mieux comprendre les personnages et les pressions auxquelles ils font face, renforçant l’impact de chaque décision.

Ce choix narratif ne conviendra pas à tous, mais il sert clairement le propos de Wonder Man. En refusant l’urgence constante, la série invite le spectateur à observer, à ressentir et à réfléchir. Une approche cohérente avec son ton introspectif, qui privilégie la profondeur à l’efficacité immédiate.

Une mise en scène sobre et cohérente

La réalisation de Wonder Man accompagne intelligemment cette approche plus intime. La série mise sur une mise en scène sobre, souvent discrète, qui évite les effets de style appuyés pour rester au plus près des personnages. La caméra privilégie les visages, les regards et les réactions, renforçant le sentiment de proximité avec ce que vivent les protagonistes.

Les effets visuels, bien que présents, ne cherchent jamais à voler la vedette au récit. Ils sont utilisés avec retenue, comme un outil narratif parmi d’autres, plutôt que comme un argument spectaculaire. Ce choix contribue à maintenir l’ancrage réaliste de la série et à garder l’attention sur les enjeux humains plutôt que sur la démonstration de puissance.

Cette sobriété visuelle permet à Wonder Man de se démarquer dans le paysage Marvel. La mise en scène ne cherche pas à impressionner, mais à soutenir le scénario et les performances. Un parti pris cohérent qui renforce l’identité de la série et qui démontre qu’un récit de super-héros peut aussi exister dans la nuance et la retenue.

Simon Williams/Wonder Man (Yahya Adbul-Mateen II) in Marvel Television’s WONDER MAN, exclusively on Disney+. Photo courtesy of Marvel Television. © 2025 MARVEL.

Verdict sur Wonder Man

Wonder Man est une série surprenante et profondément humaine, qui démontre que Marvel peut encore se renouveler lorsqu’il accepte de raconter des histoires plus modestes, mais plus sincères. En reléguant l’aspect superhéros à l’arrière-plan, la série privilégie l’évolution de ses personnages, portée par une écriture sensible et des performances très justes.

Je ressors particulièrement impressionné par le travail de Destin Daniel Cretton, qui confirme ici le talent déjà démontré avec Shang-Chi et la légende des Dix Anneaux. Cette approche favorise un attachement réel et durable, souvent plus fort que celui ressenti pour certains ajouts récents du MCU. Sans chercher à préparer le prochain grand événement, Wonder Man propose un récit qui a du sens et laisse une impression suffisamment forte pour donner envie de retrouver Simon Williams dans un avenir rapproché de l’univers Marvel, tout en espérant que Marvel poursuive son association avec un créateur aussi inspiré.

Critique de la série Wonder Man sur Disney+
8.3