Trois ans après un épisode OVNI de toute « beauté », The Binding of Isaac revient sur le devant de la scène indépendante avec un remake. Le premier opus, malgré un fun omniprésent, était gourmand en ressources, techniquement limité (dû à la technologie Flash utilisée), et lourd au niveau des déplacements des personnages et des attaques. C’est pourquoi le gros défi pour son petit frère est double : combler les vides de son prédécesseur tout en apportant un nouveau souffle à la série pour ne pas lasser les joueurs d’antan.

Fiche technique

  • Date de sortie : 4 novembre 2014 (PC, Mac et Linux) – 5 novembre 2014 (PS4 et PSVITA)
  • Style : Rogue-Like / Action
  • Classement ESRB / PEGI : M / 16+
  • Développeur : Nicalis
  • Éditeur : Nicalis, inc
  • Langue d’exploitation : Anglais uniquement
  • Évalué sur les versions : Mac, PC, PS4 et PS Vita
  • Prix lors du test : 14,99 € / 14,99 $

Des bases déjà présentes

Derrière cette direction artistique particulière se cache une expérience nerveuse et tactique.

Isaac est la victime des hallucinations divines de sa mère, convaincue que pour le salut de son fils, ce dernier doit mourir. Notre maltraité décide alors de s’extirper par la trappe de sa chambre. Cela aura pour conséquence de l’envoyer dans les tréfonds d’une cave beaucoup plus glauque et grande que prévu, en n’ayant qu’un seul objectif : tuer sa maman. Et tout cela en échappant à ses frères et sœurs oubliés, des choses venues de nulles part, et une envie irrépressible de fuir ses propres peurs. Il va y avoir du boulot!

La partie se déroule dans un donjon, divisé en plusieurs étages, chacun comprenant plusieurs pièces : une pour le boss, une comprenant un magasin et une pour un objet spécial, le tout interconnecté par une succession d’autres salles secrètes ou visibles. Chacun de ces paliers sont créés de façon procédurale, ce qui implique des joutes toutes différentes à quelques détails près.

The Binding of Isaac mélange les genres : une dose de Zelda, un saupoudré de Die n’ Retry, une touche de religion et un océan de sang ou tout type de fluides corporels… Forcément cela ne plaira pas à tout le monde et il faudra aimer, ou du moins accepter le côté macabre, sexuel et un poil scatophile du jeu.

Pour autant, résumer cette œuvre vidéoludique à ces propos ne serait que trop réducteur. Derrière cette direction artistique particulière se cache une expérience nerveuse et tactique. Isaac ne possède qu’une seule et unique vie et devra augmenter la puissance de ses attaques (une principale, sous forme de larmes du personnage, ou spéciale, qui possède un temps de recharge), améliorer sa vitesse et obtenir de nouveaux pouvoirs. La seule façon d’y parvenir est de glaner des objets, gagnés aléatoirement au fil des combats ou des découvertes. Le tout en prenant garde à nos consommables (les coeurs symbolisant notre santé, des bombes pour dégager des passages ou des lieux secrets, des clés pour déverrouiller quelques portes, et de l’argent pour les magasins et autres tirelires). Attention, le joueur pourra tout aussi bien tomber sur des malus. Il faudra donc progresser avec prudence pour éviter de se battre démuni face au boss.

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Un lifting complet… ou presque

Le plus gros changement visuel est le moteur graphique; Edmund McMillen, créateur de la série, a fait appel à Nicalis (portage 3DS de VVVVVV et Wiiware de Cave Story) pour transposer sur un vrai moteur de jeu. Résultat, le soft gagne en fluidité, il est moins gourmand et possède de meilleures animations des personnages. L’interface est mieux pensée, plus ergonomique, augmentant la lisibilité des donjons et de nos différents consommables. La carte n’est plus fixe, et peut être agrandie d’une simple touche (pavé tactile et écran tactile pour les versions Sony). Les salles peuvent abriter un nombre plus important d’ennemis, sans ralentissements notables (mis à part sur la version PS Vita à de très rares occasions).

Mais la grande nouveauté du soft, c’est l’apparition des codes Seed. Cette suite de 8 caractères permet à un joueur de revisiter un donjon déjà créé auparavant lors d’une partie. Chaque Seed est généré en lançant une carte et il suffira de mettre son jeu sur pause pour le connaître. L’outil est très utile pour des confrontations entre amis, ou pour refaire un donjon que l’on pense améliorable. Malheureusement, ces codes ne sont pas réellement multi support : une partie peut être recommencée avec le même donjon sur PS4, PS Vita ou PC/Mac pour un même Seed, mais les objets et ennemis seront différents entre une version PC et une version console. De plus, on fait rapidement le tour de cette fonction, l’intérêt du titre étant de relancer une partie aléatoire pour découvrir autre chose. Enfin, le système est assez limité puisque la génération de codes est simulé par un algorithme et sa clé : il est donc impossible de taper n’importe quel mot, comme c’est le cas pour Minecraft par exemple.

En plus du scrolling « une salle par écran » (hommage à The Legend Of Zelda sur NES), les donjons abritent désormais des zones beaucoup plus larges. Alors que les niveaux du premier opus étaient plutôt propres et épurés, la version Rebirth propose un climat oppressant et malsain, que ce soit par un éclairage qui faiblit au fur et à mesure de votre descente ou les restes de vos ennemis abattus qui joncheront le sol sans disparaître. Mieux, cette sensation de déjà vu, perceptible en 2011 en se baladant au fil des parties, n’est plus présente.

Coup de cœur pour la musique, bien ancrée dans l’atmosphère du jeu, mais qui manque cruellement d’identité. Une bande originale de plus de 100 minutes, assez intéressante, avec à mon sens une, voire deux, pistes audio à oublier. Paradoxalement, Baranowsky avait des thèmes percutants et marquants sur l’ancien opus, mais s’éloignait de l’ambiance.

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Un jeu qui pêche sur ses ambitions

Tel Icare, à vouloir aller trop loin, Isaac risque de s’y brûler les ailes.

Fan service et bonus : telles sont les promesses de cet opus. En plus du DLC précédent, nommé Wrath Of The Lambs, nous avons droit à la deuxième extension, annulée à cause de soucis de développement. Les deux apportent assez de contenus à eux seuls. Le bestiaire est aussi amélioré et agrandi, il existe de nouveaux défis et de nouveaux objets, de nouvelles fins peuvent être débloquées par le biais d’un nouveau chapitre et de nouveaux personnages jouables sont de la partie. Pour ceux voulant un minimum de résistance, la difficulté du jeu est enfin modulable (deux modes, Normal et Hard, parce le mode Easy, c’est pour les gosses), les parties sont assez courtes et avec une très bonne re-jouabilité. Avec trois espaces de sauvegarde, vous pourrez même faire profiter des amis sans empiéter votre avancée. Et comme si ça ne suffisait pas, au cas où vous seriez du genre à avoir peur de vous déplacer seul dans le noir, un mode en coopération locale est disponible. Elle est cependant absente de la version PS Vita, dommage pour une console nomade se voulant connectée.

Mais tel Icare, à vouloir aller trop loin, Isaac risque de s’y brûler les ailes. Le jeu original comprenait déjà beaucoup de contenus, assez diversifiés. Avec Rebirth, on frôle l’overdose. Des ajouts bienvenus pour les joueurs originaux, mais saisir toutes les subtilités risque d’être gavant pour les néophytes. Au final, ce remake pourrait perdre une partie de son public, à être aussi généreux (l’éditeur parle d’un potentiel de durée de vie de plus 500 heures).

Sur le plan technique, sûrement pour s’aligner avec les versions console, il n’existe pas de choix de qualité et le jeu se parcourt uniquement au clavier ou au Pad. Il existe un mode fenêtré, anecdotique en l’état puisqu’il est impossible de redimensionner l’affichage dans les paramètres (il est cependant possible de le faire manuellement en élargissant ou diminuant ladite fenêtre, c’est déjà ça). Mention spéciale pour le mode filtre qui adoucit l’effet Pixel Art du jeu (et oui, pas d’anti-aliasing!). Les puristes crieront au scandale, mais cela vous évitera le mal de crâne suite à des sessions de jeu trop intenses (testé en exclusivité pour vous!).

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Conclusion

Plus d’animations, plus de contenu, plus de gore, toujours plus… Indéniablement, The Binding of Isaac Rebirth est le digne héritier de son frère, qui lui n’a pas pris une ride. C’est le souci : le remake est à 14,99 $ sur Steam, contre 6,60 $ pour le jeu de base et son DLC. Pour du fan service, la note est salée. Il sera donc conseillé à ceux qui veulent s’essayer à l’exercice, sans trop se prendre la tête, de se procurer le jeu original. Pour autant, cela n’enlève en rien les qualités de Rebirth, surtout pour les joueurs PS4 et PS Vita qui ont droit ici à un portage de très bonne facture (et gratuit ce mois-ci avec le PlayStation Plus). Qu’est-ce que vous faites encore sur ce texte? Allez, on se dépêche d’aller l’essayer!

The Binding Of Isaac

NOTES
Note d'enthousiasme
8.5
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Rédacteur en Chef de la section Jeu Vidéo, administrateur d'une association sur la thématique du Jeu, et grand aficionado du domaine numérique. Passionné de Cinéma, de musique, de dessin, de jeu, de littérature, de NBA, et de la vie en général.