Après un épisode Absolution qui avait très largement divisé les fans de la série, il était temps pour Hitman de renfiler le costume, la cravate rouge et le 9mm silencieux Silverball. Tout se passe bien lors de l’annonce du titre, IO-Interactive ayant vraisemblablement compris les leçons d’Absolution en se rapprochant de l’esprit de l’épisode quasi-parfait : Hitman Blood Money. Puis, après quelques mois de discrétion, la nouvelle tombe :  Square Enix va s’essayer à un nouveau format économique, le triple A épisodique. Stupeur dans l’assistance, le jeu ne sera donc pas complet à sa sortie. Toutefois, l’arrivée du pack d’introduction nous révèle suffisamment du jeu pour pouvoir juger des qualités et des défauts de ce nouvel opus. Hitman est il de retour dans son costume d’assassin ? Réponse dans ce test.

Fiche Technique

  • Date de sortie : 11 mars 2016
  • Style : Infiltration
  • Classement ESRB/PEGI :M/PEGI +18
  • Développeur : IO Interactive
  • Éditeur : Square Enix
  • Langue d’exploitation : Voix en Anglais/ Texte en Français
  • Disponible sur PC/Xbox One/Playstation 4
  • Évalué sur Playstation 4
  • Prix lors du test : 14,99 €
  • Site officiel

Hitman PAris

Call Me 47

Pour beaucoup, il n’est guère utile de présenter à nouveau l’agent 47. Même les joueurs n’étant pas familiers avec la série (ne me parlez pas du film, un peu de respect) connaissent ce grand chauve à l’expression glaciale, pourvu d’un code-barre sur la nuque. Mais rappelons tout de même les grands principe de cette série. Hitman est un jeu d’assassinat-infiltration, et on insiste bien là-dessus, on y reviendra par la suite, permettant d’incarner l’Agent 47. Cet agent peut user de tous les moyens nécessaires pour abattre ses cibles, dans des niveaux proposant un grand nombre d’approches différentes. Avec dans sa musettes, de multiples moyens de mettre à terre les cibles désignés par l’Agence, organisation secrète œuvrant pour des gouvernements ne souhaitant pas être impliqués.

On parlait quelques lignes plus haut de l’importance de la classification en tant que jeu d’assassinat-infiltration. En effet, l’un des principaux reproches faits à Hitman Absolution, outre son horrible système de scoring, était d’avoir trop axé le jeu sur l’aspect infiltration au détriment des assassinats. Les zones étaient plus petites, et le système de couverture dynamique n’incitait pas à user des déguisements, l’un des éléments essentiels du jeu.

IO Interactive a très bien corrigé le tir par rapport  à Absolution

Corrigé, oui, en nous proposant dans ce pack d’intro une carte énorme de Paris, proposant des dizaines de déguisements, plusieurs niveaux, et une grande variété de points d’entrée et de sortie. De ce côté, Hitman ne nous a pas déçu. Tout est pensé pour que le joueur revienne et revienne encore sur la carte, afin d’exploiter toutes les manières de réussir la mission.

hitman cover

Si vous êtes adeptes des jeux bac à sable et que vous aimez l’infiltration, ce Hitman devrait vous plaire. De manière linéaire, il vous faudra entre 1H15 et 1H45 pour finir les mission de prologues ainsi que celle de Paris. Mais ne faire une mission d’Hitman qu’une seule fois, c’est passer à côté de l’intérêt et de l’essence même du jeu. En effet, cette mission à Paris, demandant d’assassiner deux dirigeants d’une terrible société secrète au milieu d’un défilé de mode, est un formidable laboratoire d’expérimentations. La carte est immense, bondée de PNJ et surtout, d’opportunités. Mais avant d’arriver là, il vous faudra passer par les missions du prologue, présentant l’ensemble des possibilités de gameplay qu’offre le jeu. Au travers de trois missions, le jeu vous présente les différents moyens d’entrer quelque part, d’exploiter les conversations entendues ainsi que le décor.

Pour entrer sur le bateau qui sert de décor à ce premier entrainement, plusieurs moyens s’offrent au joueur : mettre discrètement K.O un policier et prendre sa tenue pour passer par l’entrée principale, passer par les cales en tenue de technicien pour même y rentrer en costume, en esquivant les différentes routines des personnages. Ensuite, à vous encore de choisir, allez vous empoisonner le verre de la cible ou de la personne qu’elle doit rencontrer, allez vous faire tomber un canot de sauvetage sur sa tête ou attendre gentiment dans son bureau pour lui coller silencieusement une balle entre les deux hémisphères ? Cette liberté d’action, bien que limitée dans cette mission tuto, donne déjà bien le ton de ce que va proposer le jeu. La mission suivante est un peu plus ouverte et le nombre de moyens s’étend quelque peu.

Paris est une fête

Hitman-Paris

Enfin, arrive la mission parisienne et on comprend que tout ce qu’on a vu jusque là n’était vraiment qu’un tutoriel, peu importe si on a déjà passé trois heures à tout essayer avant. Quatre niveaux, une dizaines d’accès, une grosse dizaine de costumes différents et d’opportunités. Evidemment on retrouve tout ce qu’on a pu essayer jusque là, à savoir l’empoisonnement, le piège du déguisement, les conversation permettant de se retrouver au contact de la cible, mais dans des proportions beaucoup plus grandes. Les deux cibles ont une routine certes, mais elle est très longue et passe par de nombreux points, sans compter que chaque personnage à son comportement et qu’ils sont parfois amenés à se rencontrer, modifiant la routine.

Comprendre le fonctionnement de ce niveau parisien sans sa globalité demande du temps et de l’observation.

De plus, toutes les zones et tous les niveaux ne sont pas accessibles également. Par exemple l’arrière du podium de défilé n’est autorisé qu’aux membres du personnel du palais, et du staff de sécurité. Rendez-vous y en costume de cuisinier et on vous demandera de regagner la sortie sans faire le mariole. Mais heureusement, le déguisement n’est pas la seule solution et le meilleurs trouveront le moyen d’accomplir la mission sans se changer. Car 47 dispose d’une palette assez large de mouvement pour passer par les gouttières, se cacher rapidement et attraper un garde trop curieux dans un angle. L’accès aux armes est également assez simple, via un menu circulaire. Toutefois, les grosses armes type sniper ou fusil d’assaut resteront visibles. Un peu de crédibilité ça ne fait jamais de mal

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Mais le tout n’est pas de se déguiser pour aller partout, mais d’avoir le bon costume au bon endroit et encore !  Car si l’IA vous laissera globalement tranquille pour peu  que vous ayez la tenue adéquat, certains membres des différentes équipes possèdent un point blanc au dessus de leur tête. Ce point blanc signifie que le personnage en question est un des chefs et qu’il connait très bien son équipe. Ce dernier pourra donc vous repérer pour peu que vous restiez trop longtemps dans son champ de vision. Cet ajout est vraiment très intéressant car il oblige, en plus de repérer quel costume donne accès aux zones voulues, il faut trouver un moyen de tromper ou d’esquiver ces chefs. On prend donc un véritable plaisir à étudier le fonctionnement de la zone et préparer avec soin son intrusion. De plus, il est véritablement grisant de travers une zone en étant déguisé après avoir éliminé son porteur en toute discrétion, tout comme faire tomber quelqu’un dans la Seine ou encore prendre la place du mannequin star du défilé.

Ainsi, s’il n’y a pour le moment qu’un seul vrai grand niveau en attendant la suite, la rejouabilité est énorme. Cette dernière s’appuie sur le fait d’essayer les différents moyens d’atteindre sa cible par soit même, mais aussi au travers de la réussite de très nombreux défis. Ces défis, qui peuvent être contextuels, d’assassinat ou même sous forme d’exploits donnent réellement envie de relancer le niveau et de tous les réussir, le plus dur étant évidemment le défi consistant à entrer et sortir sans se déguiser, ne pas se faire repérer, n’assassiner que les cibles. Et il faudra compter de nombreux essais avant de tous pouvoir les réussir, d’autant plus que certains sont incompatibles entre eux, comme, assez logiquement, les différents type d’assassinats.

Il y a largement de quoi faire, à condition de ne pas être rebuté par le fait de jouer et de rejouer au même niveau

Car, rappelons-le encore, il n’y a qu’un seul grand niveau en attendant Sapienza, en avril.

La voie royale

Si Hitman 2016 retrouve cette liberté d’action qui faisait tant défaut à Absolution, que j’ai par ailleurs bien aimé, il n’est pas aveugle et sait que cet aspect peut laisser les nouveaux joueurs sur le bas-côté. C’est à ce moment qu’interviennent les opportunités, qui ne tardent pas à être présentées au joueur. Ces dernières partent de documents trouvés ou d’une conversation et vous guident jusqu’à une situation particulièrement propice à la réussite d’un objectif.

Hitman

Destinées de prime abord aux joueurs un peu perdus, ces opportunités peuvent aussi se révéler un bon challenge pour les joueurs curieux de voir les mécanismes internes du jeu. La réussite de ces défis et opportunités permettent de débloquer outre des armes, des zones de départ et des caches permettant d’introduire une arme visible avant de commencer la partie, ou de commencer directement dans une pièce du palais, parfois déguisé avec le costume correspondant. Exemple : commencer dans la zone d’habillage et de maquillage déguisé en membre du staff de mode.

Si elles se révèlent faciles d’accès si on ne touche à rien, une fois les aides désactivées, il faut réellement bien connaître la carte pour trouver tous les éléments nécessaire à leur réussite, ainsi que se promener un long moment pour toutes les découvrir. De plus elles donnent un vrai background au jeu qui par son format dilue son propos. L’histoire est bateau, et les pistes lancées sur son développement par les PNJ présents se perdent quelque peu, et il faudra sans doute rejouer un coup au niveau de Paris avant le lancer le niveau italien le mois prochain.

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On m’voit on m’voit plus, on m’voit plus on m’voit

Si l’IA possède cette capacité a avoir certains personnages ayant les moyens de vous reconnaître, ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. Car elle n’est pas spécialement buguée, mais, qu’est-ce qu’elle est bête ou outrageusement violente. Le grand écart.

Sans ruiner tous les efforts du jeu pour se rapprocher de Blood Money, la stupidité de l’IA pose quand même sacrément problème.

On a le sentiment que de ce côté là IO Interactive est passé d’un extrême à l’autre par rapport à Absolution, dont l’IA était diabolique. Par exemple, ouvrez un robinet d’eau afin de faire déborder un évier et ce n’est pas un technicien qui vient, mais un garde, arme à la main. De la même manière, lorsque vous êtes reconnu, passez par deux trois portes afin de quitter le champ de vision du garde, et tout rentre dans l’ordre, comme si de rien n’était. Par conséquent, on devine beaucoup trop facilement le comportement des gardes et des divers PNJ, brisant un peu le challenge. Le seul moyen de vraiment se faire avoir est de faire une grosse bêtise juste devant eux ou de ne plus du tout prêter attention à qui vous observe pendant que vous tentez la résolution d’un défi corsé. Cependant oubliez tout de suite la méthode bourrine, les cow-boys qui servent de gardes débarqueront en masse et vous aurez très peu de chance de quitter la zone en vie.

Et croyez-moi sur parole, vous n’avez aucune envie de mourir tant les temps de chargement sont longs sur consoles. Mais vraiment très long, dépassant la minute au point que je n’ai pas le souvenir d’un autre jeu aux chargements aussi longs, si ce n’est Bloodborne à sa sortie mais corrigés rapidement, ou The Witcher 3 mais qui pour le coup charge d’un coup un monde entier. De même, promenez-vous pour connaitre le niveau plutôt qu’ouvrir la carte car même l’accès au menu in-game prend une dizaine de secondes, et met la console à genoux. Ces problèmes d’optimisation sont assez criant et peuvent en partie être imputés à la connexion permanente que requiert le titre.

En effet, en étant hors-connexion, vous pourrez jouer, mais en aucun cas valider les défis présents dans le jeu permettant votre progression. Car Hitman possède son système de progression permettant d’atteindre le niveau 20 pour le moment. Pour progresser, il faut réussir les objectifs, mais aussi les défis, les opportunités, les contrats et les Escalades. On passera rapidement sur l’aspect graphique du titre, qui sans être bluffant, est assez stable, plutôt fin et possède de beaux effets de lumière. Rien de fou, mais à ce niveau c’est plutôt propre.

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Car si Hitman ne possède qu’une seule grande aire de jeu et une seule mission de l’histoire, il n’est pas avare en contenu ni en modes de jeu. Le mode contrat est hérité directement de Hitman Absolution et permet de créer ses propres objectifs et de les mettre en ligne après l’avoir préalablement réussi soit même. Malheureusement si le mode est fun à jouer, on fait rapidement le tour des possibilité offertes par ce dernier et on passera plus de temps à réussir ceux créés par les autres joueurs qu’à en créer soit même.

Enfin vient le mode Escalade, à mon sens la chose la plus réussie de ce Hitman version 2016. Alors on se calme tout de suite, ce mode escalade se déroule dans les environnement du prologue et de Paris et n’en introduit pas de nouveau.

Le mode escalade sait proposer un véritable challenge et demande une très bonne connaissance de l’environnement.

Ce mode vous propose de rejouer 5 fois la même situation à la différence que chaque niveau introduit une contrainte supplémentaire, et réussir le 5ème niveau demande une vraie maîtrise. Ainsi, pour exemple, au départ vous devez assassiner une cible déguisé en soldat avec un pistolet, le second niveau vous demandera d’abattre une seconde cible dans un autre costume, puis ensuite avec une arme différente et enfin de tout faire, tout en pillant un coffre fort. De nouveaux modes escalade arrivent régulièrement et proposent chacun une approche originale avec cette difficulté toujours biens dosée. Un vrai bon point qui s’ajoute pour ce Hitman.

Une formule adaptée ?

hitman reboot 2015

Difficile de passer sous silence le format épisodique choisit par Hitman. Si en terme de prix l’opération n’est pas malhonnête, puisqu’à 10 euros près on s’y retrouve peu importe comment on se procure les différentes parties. De plus cela permet pour l’éditeur de conserver son titre sur le devant de la scène. Cependant, ce format soulève plusieurs soucis. D’abord, il s’agit d’une demande claire de la part de IO Interactive de faire confiance se met une grosse pression car à la fin on fera le bilan de ce format. De plus, il peut carrément freiner l’achat pour les gens n’étant pas de gros fans de jeux d’infiltration assassinat. Car il faut suffisamment aimer refaire le même niveau pour prendre un minimum de plaisir.

Si vous voulez de la variété en terme d’environnements, passez votre chemin et attendez la sorties des autres zones. Mais plus problématique, il semble y avoir une histoire globale distillée par les objectifs de la mission mais également par des PNJ qui discutent de chose censées se passer par la suite. Or qui se souviendra de la petite phrase lorsque sortira le mois prochain et les mois suivants le reste du jeu ? Comment ne pas imaginer une certaine overdose du joueur qui a saigné le contenu de cette introduction et qui ne reviendra pas sur la suite, l’envie étant passée ? Autant de questions pour lesquelles il faudra attendre plusieurs mois avant d’en connaître la réponse.

Conclusion

Cette nouvelle mouture d’Hitman est globalement bonne. Elle propose un véritable challenge, une énorme rejouabilité renforcée par le système de défis, et une première zone très bien pensée. Les modes contrats et Escalade donnent une vraie profondeur au gameplay. Malheureusement, les problèmes d’IA ainsi que la limitation à une seule zone viennent quelque peu amoindrir l’expérience en obligeant le joueur désireux d’y passer du temps à la retourner dans tous les sens, parfois jusqu’à l’overdose. Egalement, les temps de chargements sont catastrophiques et transforment un jeu pour perfectionnistes en parcours du combattant. Il faut donc vous demander si vous êtes suffisamment fan du genre pour accepter d’attendre un mois entre chaque nouvelle zone, et dans ce cas là vous apprécierez cet Hitman qui sans l’atteindre, se rapproche bien plus de Blood Money que d’Absolution. Dans le cas contraire, on ne peut que vous conseiller d’attendre la suite du contenu avant d’y jouer.

NOTES
note d'enthousiasme
7
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Futur professeur d'Histoire-Géo en région parisienne et passionné des processus de création des jeux vidéo. Également grand consommateur de sport collectifs, de jeux vidéo et de tout ce qui touche à l'Histoire et à la politique.