Le premier vrai pas de Nintendo sur nos tablettes et téléphones est attendu par de nombreuses joueurs et observateurs, puisque le géant japonais ne lance pas un jeu, mais une application voulant modifier notre approche des réseaux sociaux. Intitulée Miitomo, cette application mobile sur iOS et Android, reprend l’une des idées principales de Todomachi Life et veut ainsi révolutionner notre quotidien connecté. Mais trêve de divergence, voici nos impressions sur Miitomo.

L’aspect social retravaillé selon Nintendo

Nintendo l’a très bien compris, la firme ne pouvait se permettre de s’inspirer uniquement des principaux concurrents pour son Miitomo. C’est ainsi que nous nous retrouvons face à un simili ask.fm, cependant, là où le site de question-réponse propose à l’utilisateur de demander ce qu’il souhaite directement à son ami, Miitomo impose des questions prédéfinies, bien que les thèmes soient larges. Libre au proche d’y répondre ou non. Mais l’application mobile ne se limite pas qu’à cette interaction, puisque vous pouvez décider de répliquer directement aux doléances posées par votre propre Mii.

Oui, je parle bien de Mii, car il faudra passer par la phase de création de votre avatar, voire récupérer celui de vos consoles avec son QR Code. Tout est modifiable, comme la voix (la hauteur, la vitesse, le timbre, l’intensité, l’accentuation, l’intonation), mais aussi l’eccéité de votre Mii (plus réservé ou non, s’il est très expressif, s’il est plutôt insouciant, etc.). Ce subtil mélange attribuera un type et une caractéristique à votre personnage qui influencera sur les décors de votre appartement virtuel, mais sur sa façon de parler aux avatars amis. Ce n’est pas d’ailleurs la seule chose qui agira sur votre expérience. Miitomo est capable de déceler une quantité impressionnante de mots et de smileys. Lorsque l’application reconnaît ces termes, votre Mii affichera une émotion correspondante à l’humeur véhiculée par la phrase.

Quoi qu’il en soit, ces questions/réponses apparaîtront dans votre fil d’actualité, où nous pouvons aimer et/ou commenter. Mais Miitomo est une expérience semi-fermée : si on peut répartir toutes nos interactions sur les autres réseaux sociaux, ce n’est en rien obligatoire, et cela demeure visible de base uniquement entre amis. Réagissez, et votre phrase restera entre vos deux avatars. Mais une réponse que vous livrerez à votre Mii personnel sera partagée à l’ensemble de votre liste d’amis.

Si dans la forme, Nintendo semble maîtriser son dispositif, on regrettera tout de même que l’aspect niais caractérisant la firme japonaise depuis un moment déjà soit aussi prédominant. L’expérience est censurée, paraît contrôlée, cadré, l’ambiance reste toujours dans le positif puisqu’aucune question n’aborde un sujet sérieux ou presque… en fait, Miitomo est un bon compromis pour que des enfants s’ouvrent au principe des réseaux sociaux, du moins en pratique, car Miitomo est déconseillé au moins de 13 ans et un utilisateur confirmé peut aisément contourner les limitations. Nous y reviendrons un peu plus tard.

Money, Money, Money

Chaque réponse ou interaction augmente votre niveau de popularité, mais aussi votre monnaie de base, les pièces d’or. L’usager pourra en engranger pour une exploitation future dans l’application même. Cet aspect n’est pas le plus intéressant pour les joueurs.

En effet, des médailles en argent sont disponibles. Ce sont des récompenses, correspondant aux points du programme My Nintendo, et vous bénéficierez de bonus sur les autres consoles de la firme. Que ce soit des titres Wii U, 3 DS, Console Virtuelle, ou tout simplement des thèmes, des DLC ou des réductions sur l’achat d’une nouveauté, tout point cumulable via l’application pourra être gardés et utilisés pour une acquisition future. À savoir, bien évidemment, qu’un titre Wii U coûtera bien plus cher qu’un simple thème pour votre 3DS. Et si vous considérez que vous ne gagnez pas assez de pièces en argent, en remplissant les missions liées par exemple, vous pourrez toujours utiliser quelques euros pour en avoir.

On regrettera de ne pas pouvoir vous en parler plus, puisque Miitomo demande une synchronisation avec son compte personnel, et que l’application n’étant localisée qu’au Japon actuellement, il nous est impossible d’en profiter. Néanmoins, l’approche semble tout à fait honnête. Les premières offres sont d’ailleurs déjà visibles sur internet. Ce que nous pouvons remarquer en revanche, c’est que Miitomo demandera un véritable engagement de la part des joueurs, pour que cela leur soit intéressant et rentable.

miitomo

Photomaton dans Miitomo

Et il faut dire que la sauce prend. C’est un plaisir de participer au fil d’actualité et d’en apprendre plus sur nos amis, certaines fois de façon insolite. Mais si l’application ne se limitait qu’à ça, on en aurait vite fait le tour. Nous vous parlions de la caractérisation de votre Mii, poussée à l’extrême. C’est aussi valable pour ses tenues. Vous pourrez profiter d’un authentique le dressing pour votre personnage, à l’instar de ce que proposait Microsoft avec les avatars de la Xbox 360. Bien évidemment, rien n’est véritablement gratuit, et ce sera grâce à l’or accumulé au fur et à mesure que vous pourrez parfaire votre garde-robe.

En sachant que chaque achat compulsif sera agrémenté d’un gain d’expérience pour votre jauge de style, autre paramètre important pour votre personnage : cette dernière montrera votre niveau de distinction, là où le niveau social démontrait vos interactions avec vos amis. Un système de Pachinko a aussi été mis en place, afin d’obtenir des vêtements thématiques. L’entrée est accessible via l’utilisation de ticket, 1 par essai, que l’on peut gagner en bonus quotidien. Vous pourrez tout de même vous alléger de 500 pièces d’or si vous le souhaitez, au lieu du dit ticket.

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Tous ces efforts n’ont qu’un seul but : nous obliger à partager, sur notre fil d’actualité ou sur les réseaux sociaux, une à plusieurs photos de notre Mii, voire même d’en créer. Miitomo inclut en effet un éditeur, permettant d’intégrer jusqu’à 5 Mii différents, dans des positions et des expressions très larges. Les modifications de tenues sont aussi de la partie ; mais les joueurs passeront la plupart de leurs temps sur l’ajout de texte, de fonds et/ou d’effets, dans le but de mettre en situation cocasse leurs avatars, surtout que le mélange entre photos personnelles et les modifications de celles présentes dans Miitomo sont possibles.

Et c’est le Cheval de Troie de l’application, permettant les plus belles dérives, comme les plus graves. Que l’on partage a ses amis ou sur internet, l’utilisateur peut plus ou moins contourner l’aspect mignon de Nintendo, en y ajoutant facilement des images à caractère pornographique ou violent. Ces dernières font déjà le tour des réseaux sociaux.

En s’ouvrant à un média, on court le risque à s’exposer à ce genre de problème. Du coup, vu le contrôle habituel que tient la firme sur ses licences, et à cause de l’approche voulue sur l’aspect social, il est fort dommageable pour Nintendo de n’avoir fait les choses qu’à moitié. Ne pas autoriser d’apporter un fond personnel, par exemple, aurait suffi à bloquer ces différents soucis. Au final, la sensation que Nintendo n’a pas réussie à s’affranchir de ses propres limites prime alors que la firme a conscience que Miitomo n’est pas un produit tout public. Et de toute façon, les petits malins du net auraient trouvé une faille.

Conclusion

Miitomo est très addictif, malgré la volonté de Nintendo de rester dans son esprit très familiale, tout en essayant de s’adresser à un public plus mature. Ce qui provoque un décalage que certains utilisateurs n’approuveront pas. Pour autant, ceux qui passeront outre risquent de devenir complètement accros à l’expérience offerte par Miitomo, comme votre serviteur ici présent… pour peu que vos amis suivent, bien évidemment. Pour une première approche du réseau social, d’une épreuve hors des sentiers battus, Nintendo fait fort. Il ne reste plus qu’à voir ce que proposera la collaboration, dans le futur, avec DeNA.

NOTES
Excellente
100 %
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Rédacteur en Chef de la section Jeu Vidéo, administrateur d'une association sur la thématique du Jeu, et grand aficionado du domaine numérique. Passionné de Cinéma, de musique, de dessin, de jeu, de littérature, de NBA, et de la vie en général.