Steam OS : Valve va-t-il transformer le marché des consoles ?

Valve Manette Steam Controller Annonce 3 sur 3 Septembre 2013

Le 23 septembre dernier, Steam a commencé ses grandes annonces avec son système d’exploitation, Steam OS. Basé sur le noyau Linux, il devrait permettre de jouer aux jeux du catalogue Steam dans son salon. De plus, si Steam proposera un modèle de machine, il sera possible à des constructeurs de créer de nouveaux modèles avec leurs propres caractéristiques. Mais avant d’en arriver là, Valve, la société derrière Steam, a eu un long cheminement.

A l’origine, Steam n’était pas la plateforme marchande telle qu’on la connait aujourd’hui. Lors de sa sortie en septembre 2003, il s’agissait surtout d’un logiciel pour faciliter le téléchargement et la mise à jour des jeux Valve, la société éditrice derrière Steam. C’est seulement à partir de la fin 2005 que cette plateforme propose des jeux d’éditeurs tiers. A l’époque, le marché du jeu PC était annoncé comme mort par de nombreux acteurs de l’industrie, notamment à cause de la baisse importante des ventes des supports physiques et la très forte concurrence des jeux consoles.

Mais le succès sera rapide et fera la notoriété de la vente des jeux dématérialisés sur PC. Le système est d’ailleurs avantageux pour les éditeurs, à l’époque frileux à cause du piratage, puisque les jeux sont liés aux comptes Steam des acheteurs qui doivent être connectés pour jouer. Il est également avantageux pour les développeurs indépendants qui peuvent ainsi proposer leurs jeux à la vente bien plus facilement et pour un coût très inférieur à la vente physique. Aujourd’hui, Steam est devenue la principale plateforme de vente de jeux dématérialisés sur PC, loin devant d’autres sites tel que Good Old Games, Desura ou Origin.

Steam et le jeu sur les systèmes Linux

Jusqu’à encore très récemment, Steam n’était fonctionnel que sur Windows. En effet, la majorité des jeux développés sur PC le sont avec des librairies et des moteurs de jeux propriétaires qui n’ont pas de support pour Linux, tel que Direct X de Microsoft ou le Unreal Engine 4. Pour autant, Valve décide en 2010 de développer une version Mac OS X de Steam et de proposer les jeux disponibles pour ce système, plus de 800 sur les 3000 jeux disponibles sur Steam Windows à ce jour.

En juillet 2012, avec l’arrivée de Windows 8, Gabe Newell s’insurge et critique avec virulence le nouveau système d’exploitation qu’il accuse d’être trop restrictif pour les acteurs du logiciel PC et donc le jeu vidéo. Il n’est d’ailleurs pas le seul acteur du milieu à critiquer sévèrement le nouvel OS de Microsoft puisque Markus Persson, le créateur de Minecraft, John Carmack, un des fondateurs de ID Software ou encore Blizzard ont également fait part de leurs craintes. Pour parer à ces différents problèmes, Gabe Newell a donc proposé Linux comme alternative. Peu de temps après sortait la version Steam pour les distributions Linux, notamment Ubuntu.

Mais pour le moment, fort est de constater que la révolution Linux n’est pas encore arrivée. Certes, plus de 300 jeux sont disponibles mais se sont en très large majorité des jeux indépendants ou de niches, les titres AAA étant exceptionnels, les plus gros éditeurs ne voyant probablement pas l’intérêt économique d’adapter leurs jeux pour des systèmes alternatifs à Windows pour l’instant. De plus, Linux pèche encore par son manque de drivers de qualité pour les cartes graphiques même si NVidia semble améliorer ses drivers et s’ouvre à la communauté Linux en publiant notamment de la documentation technique pour la création de drivers libres.

Steam OS, un nouveau concurrent sur le marché console?

La particularité de l’annonce de Steam, c’est qu’elle ne concerne pas vraiment une console puisqu’il y a une dissociation entre le système d’exploitation et le matériel, comme c’est le cas pour le PC et à moindre mesure, pour les téléphones. En effet, si des modèles de machines équipés de Steam OS seront disponibles, il sera également possible de monter sa console de salon soi-même, les composants annoncés étant très standard et similaire à ceux d’un puissant PC et d’y installer le système d’exploitation que l’on aura téléchargé au préalable. Des entreprises comme des particuliers pourront donc proposer des modèles de machines ayant chacun leurs avantages et inconvénients notamment par rapport au coût et à la puissance. Tout l’intérêt présentement ne réside pas vraiment dans le matériel mais bien plus dans la partie logiciel.

Le système d’exploitation justement sera donc basé sur Linux, gratuit et open source. De quoi rendre heureux les libristes et les vieux joueurs PC habitués aux mods et à la personnalisation de leur système qui auront ici un media center libre très orienté jeu vidéo qu’ils pourront modifier et enrichir à leur gré.

Mais comme je l’expliquais plus haut, Linux n’a pas un catalogue aussi large que peut l’être celui de Windows. On notera quelques annonces d’adaptations, notamment Rome II et le possible portage de plusieurs gros titres comme Civilization V, XCOM: Enemy Unknown ou encore Borderlands 2 mais cela n’est pas encore suffisant. Pour répondre à cette problématique, Steam OS permettra donc de jouer en streaming en utilisant son ordinateur, un peu à la manière de ce qui se ferait avec la Nvidia Shield (voir notre test). Mais avec ce système, la Steam Machine perd énormément d’intérêt puisqu’elle nécessite un PC fixe suffisamment puissant. Reste à voir si le système permettra de streamer un jeu et de réaliser d’autres activités en parallèle sur le PC, voir jouer à un autre jeu en même temps. Si ça n’est pas le cas, la Steam Machine s’avérera être une interface bien chère pour jouer sur son téléviseur et le système devra proposer bien plus pour justifier l’investissement.

Au delà de cette problématique sur l’adaptation des jeux sous Linux, Steam aura l’avantage de profiter de sa communauté et de ses nombreux outils qui existent déjà et qui sont bien plus poussés que ceux de Microsoft, Sony ou Nintendo sur leurs consoles. En effet, Steam propose déjà à ses utilisateurs de très nombreuses fonctionnalités comme le partage de prises d’écran, de vidéos, des pages communautaires, un outil pour installer des mods facilement et d’autres encore qui font de Steam un réseau social pour joueurs plus qu’une simple plateforme d’achat de jeu.

Le système d’exploitation devrait également proposer plusieurs fonctionnalités que l’on retrouve déjà sur les machines de Sony et Microsoft comme le visionnage de films ou l’écoute de musique. Il autorisera aussi le prêt de jeu avec un contrôle parental, fonctionnalité prévue également pour la version PC de Steam. De plus, l’ouverture de l’OS pourrait permettrait à des développeurs tiers de proposer d’autres applications pour la machine, chose qui risque de donner beaucoup de difficultés à la concurrence en rendant les Steam Machines particulièrement évolutives.

Évolutivité qui va également avec le contrôleur puisque si Valve propose un premier prototype de son Steam Controller, dont il a fait une démonstration il y a quelques jours, il invite la communauté à suggérer leurs propres modèles. Si le contrôleur suit la même idée que la machine et le système d’exploitation, il sera probablement possible de faire fonctionner les contrôleurs de son choix. De quoi ravir les inventeurs et hackers en tout genre qui auront un public plus réceptif sur une console que sur un PC qui reste dépendant de son clavier et de sa souris.

Ce système se placerait donc directement dans la lignée des nombreuses consoles open source sortie ces derniers mois, la OUYA étant celle qui aura le plus attirée l’attention jusqu’à sa sortie où il s’est avéré que la console étant particulièrement médiocre autant pour sa partie matérielle que logicielle. Mais ici, c’est avec le savoir faire et les financements de Valve, de ses partenaires et de sa communauté déjà existante de 50 millions d’utilisateurs.

Si actuellement Steam OS ne peut pas vraiment être présenté comme un sérieux concurrent de Sony, Microsoft et Nintendo, les premières versions risquent d’être des prototypes très intéressants qui pourraient marquer fortement l’évolution des futurs consoles. Reste à savoir si beaucoup de studios et notamment les plus gros vont voir un intérêt à adapter leurs jeux pour qu’ils puissent fonctionner sous Linux. Si des développeurs se montrent enthousiastes à un tel portage comme Lars Gustavsson, le directeur créatif de DICE à qui l’ont doit notamment la série Battlefield, cela ne signifie pas que leurs éditeurs partagent ce même avis.

Valve doit donc encore convaincre l’industrie avant de pouvoir convaincre les joueurs.

Pour compléter cet article, vous pouvez écouter le podcast réalisé par GameDevourer sur le sujet

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