Ça fait plus d’une dizaine d’années que je suis le BlizzCon de près. Pour moi, ce fut toujours une sorte de célébration pour les amateurs de multiples franchises de la compagnie. C’est tellement populaire qu’en plus des 30 000 participants qui achètent des tickets pour être présents sur place, plusieurs paient pour regarder l’événement en direct. Évidemment, comme chaque année arrive rapidement, on n’a pas toujours eu droit à d’importantes annonces. Or, le BlizzCon 2018 était probablement l’édition avec le plus de hype depuis les cinq dernières années. Depuis les derniers mois, tout ce qu’on entendait à gauche et à droite c’était les multiples projets de Diablo en développement. Malheureusement, alors que tout le monde attendait impatiemment la grande annonce qui allait clore la fête, celle-ci est arrivée à court. Mais est-ce correct d’être déçu ?

Se mettre dans la peau des fans

Pour ceux qui ne sont pas encore au courant, Blizzard a annoncé un nouveau projet intitulé Diablo Immortal qui se veut être un MMO sur mobile. Celui-ci a été très mal accueilli autant sur place qu’en ligne alors que la bande-annonce en est maintenant à 337 k dislikes sur YouTube. Bien sûr, les écarts de conduite de certains sont inacceptables et crier des injures aux développeurs n’est pas une solution. Par contre, c’est quand même important que les joueurs puissent donner leur opinion et qu’elle soit entendue haut et fort. Comme c’est impossible pour le public d’aller se plaindre dans les réunions annuelles des actionnaires de la compagnie, la solution facile est celle-ci.

Que ce soit pour Warcraft, Starcraft ou Diablo, la compagnie a su établir une base de fans solides. La plupart des gens qui étaient présents et qui ont suivi l’événement de près sont donc des amateurs de longue date des séries de Blizzard. Plusieurs d’entre eux sont même devenus des apôtres de la compagnie prêchant tout ce qui sortait du studio. Mais principalement, c’était surtout sur PC que leur base de fans s’est étendue. C’est donc normal que ceux qui ont grandi avec la compagnie soient déçus que la grosse annonce tant attendue se soit finalement avérée être un jeu mobile.

C’est normal que ceux qui ont grandi avec la compagnie soient déçus que la grosse annonce tant attendue se soit finalement avérée être un jeu mobile

Considérant le type de public qui était présent, c’est sûr que faire une annonce qui va à l’encontre de ce que les fans sont habituer allait sonner une cloche. Faire une annonce à la Bethesda qui a offert un petit teaser à ses fans pour The Elder Scrolls 6 après avoir dévoilé TES : Blades sur mobile aurait été plus logique.

Une réputation douteuse

Malheureusement, aux yeux de plusieurs joueurs plus traditionnels, les jeux mobiles ont une mauvaise réputation. Pour chaque jeu avec une qualité de production digne de ce nom, il existe des centaines de milliers de freemium qui utilisent un modèle de business douteux. Que ce soit en employant un trop gros nombreux d’annonces intrusives ou en limitant artificiellement le temps de jeu ou même en employant un modèle « pay to win » tous les moyens semblent bons pour faire un coup d’argent.

En plus, au centre de tout ça, est souvent employé des tactiques de design de jeux prédateurs pour rendre les gens accrocs et les forcer à dépenser pour avancer. Même si je veux croire que la compagnie va prendre plus une approche à la Nintendo ou à la Square Enix Montréal, j’ai des doutes. Encore aujourd’hui, je ne suis pas du tout d’accord avec le modèle employé par Hearthstone et le fiasco de l’auction house de Diablo 3 me fait encore plus redouter.

je ne suis pas du tout d’accord avec le modèle employé par Hearthstone

Qui plus est, les compagnies ont beau essayer depuis des années, aucun écran tactile ne peut remplacer une souris ou un joystick. Peu importe la vitesse à laquelle, les composantes de nos téléphones progressent, ils n’arrivent toujours pas à la cheville des consoles à cet égard. C’est pourquoi lorsque j’entends le représentant de Blizzard nous raconter que le jeu propose un joystick tactile très sensible et parfaitement placé pour le pouce, j’ai un sourire en coin.

Blizzard et la peur du risque

Outre l’histoire du Auction House, il faut vraiment se poser des questions sur la façon de faire de Blizzard. Tout ça coïncide évidemment avec l’acquisition fusion du studio par Activision en 2008. En 2012, Diablo 3 sort, mais il n’est visiblement pas optimisé pour sa plate-forme initiale. Le jeu est excellent, mais un Auction House brisé et des contrôles douteux nous font découvrir qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

Évidemment, l’année suivante, tout semble réglé avec les versions PS3 et Xbox 360 qui sont de loin supérieurs. Deux ans plus tard, la compagnie nous offre ce qui s’avère sa seule expansion. Du lot, on retrouve l’acte V, un nouveau personnage nommé le Crusader, un mode aventure, un nouveau cap au niveau 70 ainsi que plusieurs autres éléments secondaires. Déjà, on trouve la compagnie un peu avare alors que l’expansion de Diablo 2 nous avait offert 2 classes supplémentaires au lieu d’une seule. Heureusement, arrive finalement le Nécromancien en contenu téléchargeable, mais pour une quinzaine de dollars…

Bref, la compagnie est rapidement devenue assoiffée d’argent et de jeux à bas risque pour les investisseurs. C’est fini l’époque où cette belle compagnie innovait par ses mécaniques de jeux ingénieuses et ses histoires épiques. Le développeur n’avait pas peur du risque et préférait essayer que reste sur le statu quo. Regardons le tout de plus près.

Hearthstone, la machine à imprimer de l’argent

Après Diablo 3 est arrivé Hearthstone, un jeu développé par la 5e équipe de développement de la compagnie. Celle-ci était formée d’un groupe beaucoup plus petit et on parlait d’entre 12 et 15 développeurs versus les 60 des autres titres. Hearthstone est donc paru en 2014 et s’est rapidement transformé en machine à imprimer de l’argent. Alors qu’au départ, une expansion sortait aux quatre mois et son achat était suffisant pour nous donner toutes les cartes, les choses ont vite changé.

c’est pratiquement 400 $ qu’il faut dépenser par année

Pour rester à flot avec le milieu très compétitif du jeu, c’est pratiquement 400 $ qu’il faut dépenser par année. Polygon explique d’ailleurs très bien pourquoi le jeu est devenu tellement plus cher en 2017. En plus, à chaque nouvelle expansion, Blizzard enlève les cartes d’anciennes saisons, car la compagnie trouve qu’il y a trop de contenu pour tout bien balancer. Je trouve que ça en dit long sur le modèle d’affaire de Hearthstone. Qui plus est, les innovations sont minimes dans les modes de jeux d’une expansion à l’autre. Tout l’accent est mis dans l’achat de carte qui est devenu de plus en plus dispendieux. Bref, je préfère passer mon tour.

Des clones et de la nostalgie

S’en est suivi par la suite, Heroes of the Storm, le clone de Dota et de League of Legends qui n’a jamais connu la popularité de ceux-ci. Il s’agit d’un autre jeu à bas coût et bas risque en échange d’un potentiel d’argent énorme. Finalement, en 2016 est arrivé l’excellent Overwatch. Sans vraiment innover, Blizzard a su remplir un trou laissé vacant par Valve alors que les fans attendent encore une suite à Team Fortress 2. Cette fois, du moins, le studio a compris que les loot box devaient rester des items cosmétiques. Cependant, 2 ans plus tard, on attend encore que Blizzard nous raconte plus en détail l’histoire de chacun des personnages. La compagnie, qui était maître en la matière, a vraiment raté son coup à ce niveau délaissant une partie de ses joueurs qui adorent le Lore.

Finalement, depuis cette annonce, la compagnie ne fait que rouler sur la nostalgie. Après Starcraft Classic, la compagnie a suivi avec World of Warcraft Classic et maintenant Warcraft 3 : Reforged. Encore une fois, des projets peu coûteux pour essayer de faire un coup d’argent facile avec ses fans de longue date. Pendant ce temps, ceux-ci attendent patiemment le prochain vrai jeu de la compagnie.

Injuste pour l’équipe de Diablo Immortal

Tout ça nous mène aujourd’hui à l’annonce de Diablo Immortal, un chapitre entre Diablo 2 et 3 qui se veut exclusivement disponible sur mobile. Je n’ai absolument rien contre le jeu. Il a l’air excellent pour un titre sur téléphone. On n’a pas encore tous les détails sur les microtransactions, alors je me garde des réserves, mais c’est certain que je vais être un des premiers à l’essayer.

Cependant, je peux comprendre les amateurs d’être déçus. C’est évident que la base de fans qui étaient présents à l’événement et qui suivent le BlizzCon de près s’attendait à autre chose. Quand tu te concentres trop sur la vision des investisseurs et que tu oublies tes supporteurs qui t’ont amené jusque-là, c’est normal que la masse se soulève contre toi.

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Passionné de techno et surtout de jeux vidéo, j’ai un Baccalauréat en Administration des Affaires et j’adore mélanger les jeux vidéo à la finance. Curieux, je joue à presque tous les genres et je suis toujours prêt à essayer de nouvelles expériences vidéoludiques. Il y a toujours quelques nouveautés dans ma ludothèque prêtes à être jouées. Je suis le rédacteur en chef de Geeks & Com' et le responsable de la section Jeux vidéo.